Quelles sont les spécificités du shape d’une planche de stand-up paddle race ?

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut poser toutes les questions shapes de SUP Race qui nous passent par la tête à un shapeur reconnu et qu’on ne présente plus comme Patrice Remoiville. Des questions les plus poussées, à celles qui peuvent paraitre “bêtes”, nous avons voulu tout savoir sur pourquoi une planche de SUP Race ressemble aux planches que l’on connait aujourd’hui, pourquoi existe-t-il des shapes différents et quelles sont leurs spécificités, mais aussi sur d’autres détails relatifs à l’aileron, au bouchain, etc. Mr. 3Bay nous aura donné des réponses passionnantes que l’on vous laisse découvrir.

Bonjour Patrice, faisons le tour d’une planche et toutes les questions qui me viennent la regardant. On dit qu’une planche gagne en longueur pour gagner en glisse et en stabilité. Mais alors, à quoi sert le rocker ? Le nose de la planche doit-il intégralement toucher l’eau lorsque le rider est à sa bonne position ?

Le rocker est probablement la partie la plus importante de la planche, c’est l’ossature de son design en quelque sorte. Pour rappel : le rocker est la courbure du dessous de la planche, lorsqu’on la regarde de profil, posée sur des tréteaux. Ce rocker est plus ou moins important, en fonction du programme d’utilisation de la planche, mais aussi du poids du paddler.

Une planche qui aurait un rocker aussi plat que la porte de mes toilettes ne pourrait pas glisser correctement sur l’eau, elle serait désespérément collée à l’élément. Le rocker est donc nécessaire pour une planche qui glisse, et ils sera plus marqué pour des conditions océaniques, afin de profiter des vagues et du clapot pour la prise de vitesse. Sur le plat le rocker sera moins prononcé mais toujours présent.

Quelles sont les différences en termes de glisse entre un nose rond avec un peu de rocker, et un nose pointu qui touche l’eau ?

Le programme d’une planche avec un nose rond avec un peu de rocker n’est pas le même que celui d’une planche avec un nose pointu qui touche l’eau.

Le nose rond avec un peu de rocker est destiné à un programme océanique. Il permet de passer au-dessus du clapot du vent (upwind) et de le surfer plus facilement en downwind.

Le nose pointu (étrave en terme marin) qui touche à l’eau à sa base est destiné à percer ce même clapot du vent. En downwind il aura tendance à enfourner. En général il est destiné aux planches de flatwater.

Le plus gros du volume des planches semble souvent se situer dans le nose, mais pourquoi ? Est-ce que plus de volume à l’arrière ne permettrait pas plus d’effet « pop » ?

Le volume plus important à l’avant est justement nécessaire pour le passage du clapot sur la planche, pour éviter l’enfournement du nose dans l’onde et protéger le pont de la planche et le paddler de l’eau et des embruns.

Pour l’arrière, j’ai longtemps focalisé sur l’importance du volume arrière afin de créer cet effet « pop » de l’arrière, notamment, pour le démarrage au surf de la planche en downwind. Auparavant les ponts n’étaient que très légèrement concaves et peu épais au niveau des pieds.

J’y accorde beaucoup moins d’importance maintenant, parce que le design des ponts des SUP RACE a beaucoup évolué ces dernières années. Les ponts très creusés (DUGOUT) et percés de tubes pour l’évacuation de l’eau dominent désormais et le volume s’est donc naturellement déplacé dans le nose de la planche.

Pour une même planche et un même rider, le poids de ce dernier, et donc la profondeur de volume immergé, va-t-il influencer sa vitesse ? (Autrement dit, faut-il faire un régime pour être performant ? 😆)

Je suis bien placé pour parler de ça, après avoir perdu 24 kg depuis le début de l’année dernière !

Je confirme que plus le paddler est lourd :

  • plus il enfonce la planche dans l’eau,
  • plus il augmente la surface de sa planche en frottement avec le liquide,
  • moins il ira vite théoriquement.

Je vais illustrer mon propos : une Arrow Head Inezic de 14’ x 24’’ sur laquelle on mettra d’abord un paddler de 85 kg s’enfoncera de 56 mm dans l’eau vers son milieu et créera une surface mouillée de 21100 cm²

Pour un paddler de 60 kg sur la même planche, elle s’enfoncera de seulement 43 mm et pour une surface mouillée de 19300 cm²

Conclusion : chassons le poids inutile !

Alexandre Agudo sur sa 3Bay Arrow Head

En plus du gain de stabilité, quelle est la différence entre un pont plat et un pont creusé ?

Ce qui compte avant toute chose c’est la distance de la plante de nos pieds jusqu’à la surface de l’eau. En plus d’améliorer le contrôle de la stabilité latérale, plus le nombre de cm est faible, plus le paddler est stable et peut mieux transmettre sa puissance à sa pagaie.

Pourquoi y a-t-il des planches avec une carène toute ronde, ou avec des formes concaves, double concaves, et quelle est l’influence de ces shapes ?

Vaste sujet où surement il sera difficile d’être d’accord avec tout le monde. De mon expérience et de ce que j’ai pu vérifier :

  • la carène ronde est la plus rapide, car sa trainée d’eau est la plus faible, mais elle est la plus instable aussi (essayez de tenir debout sur un tonneau pour voir)
  • les concaves profonds améliorent la stabilité latérale, mais augmentent aussi considérablement la trainée et réduisent la glisse et la vitesse de manière importante.

Leur bénéfice est nul pour le Stand Up Paddle, l’effet de tuyère qui augmente la vitesse et fonctionne au planning en windsurf ou surf, ne fonctionne pas en SUP RACE (trop lent).

Qu’est-ce que le bouchain et quelle influence a-t-il sur la planche ?

Qu’est-ce que le « bouchain » ? C’est un terme d’architecture navale, qui fait allusion aux coques de bateau, qui sont construites avec l’assemblage de panneaux plats. L’angle de liaison entre ces panneaux est un bouchain. C’est l’opposé d’une coque en forme arrondis dite « en forme ».

Dans le cas de la 3 BAY ARROW HEAD INEZIC, le bouchain est un très court champ plat qui coupe la liaison anguleuse entre le dessous (carène) et le coté (rail).

Son utilité est d’offrir plus de maniabilité à la planche, notamment dans les drafts, en coupant ce rail très anguleux, qui avait tendance à mettre l’ARROW HEAD ARZH sur des rails.

Le bouchain

 

Comme pour les noses, pourquoi existe-t-il des tails carrés, ronds, pointus… et quelles sont les particularités de chacun ?

Chacune de ces formes de tail à ses raisons, avantages et inconvénients :

  • le tail large apporte beaucoup de stabilité, mais une trainée d’eau très importante ;
  • le tail pointu (pin-tail) apporte vitesse et une très bonne maniabilité. Sa trainée est très limitée, mais le tail pointu apporte aussi une instabilité latérale très importante. Les meilleurs exemples selon moi est la ACE de Starboard. Il y avait aussi une 14’ de ce type chez Jimmy Lewis, il y a longtemps. J’en ai revu une avec plaisir lors du dernier Morbihan Paddle Trophy. Je propose un modèle Downwind nommé ILUR qui possède un « pin-tail », très rapide en downwind mais relativement technique. On y reviendra très vite pour le very flatwater.
  • Le tail rond ou « round pin-tail ») est une version intermédiaire des deux premières citées.
  • Le « Fish Tail » est une forme de queue de poisson ou d’hirondelle.

En surf il est destiné à avoir un tail très large, mais d’en limiter la trainée grâce à cette forme en V. Il est le plus souvent destiné aux planches très courtes de petites vagues. Il est aussi très fragile. Je ne lui vois aucune utilité en SUP RACE.

Le pin-tail sur la Downwind ILUR

Y-a-t-il des tails de planches plus « draftables » que d’autres ?

Tout à fait. Cette trainée de l’arrière de la planche, dont je parle tout le temps, plus elle est importante, plus de remous elle créera. Ce sont ces remous qui aspireront le suiveur plus facilement.

Une planche avec un arrière de type pin-tail va créer très peu ou pas du tout de turbulences et sera quasi impossible à drafter.

Qu’est-ce qui détermine la distance du boitier aileron avec le tail – et avec le rider, et quel est son impact sur la navigation ?

Généralement, pour un SUP RACE de 14’, je place l’arrière de mes boitiers d’aileron à 35 cm du tableau arrière. Le boitier d’aileron de longueur 10.75’’ que je pose permettra un petit réglage de la position de l’aileron. En clair plus l’aileron est avancé plus la board est maniable et tourne facilement. Plus il est reculé, plus il offrira une stabilité directionnelle, permettant, peut-être, moins de changement de côté des coups de pagaie ?

Il semble aussi qu’un aileron un peu plus avancé que ces 35 cm (environ une dizaine de cm en plus) améliore la stabilité latérale. Ce sont des essais récents qui nous l’ont montré.

Photo : Loïc Olivier

Faut-il adapter son aileron à sa planche ?

Définitivement OUI.  L’aileron est indispensable pour ramer droit. On l’appelle aussi « dérive ».  Cependant comme il est aussi un élément de la coque qui traine dans l’eau, il créé de la trainée et ralentira sensiblement le SUP.

Aussi il est donc important qu’il soit adapté à sa pratique, vitesse ou surf, et selon l’usage les formes ne seront pas les mêmes.

Ce qu’on sait moins c’est qu’il stabilise aussi la planche latéralement, plus sa surface est importante, plus il limite le roulis de la planche, c’est une idée quand vous êtes sur une board trop instable, pour améliorer la situation.

De même, un petit gabarit sur une planche trop stable, ou un paddler expert, pourront utiliser des ailerons très réduits en dimensions et surfaces, dans le but de réduire la trainée, encore et encore……

Quelles sont les dimensions extrêmes que l’on pourrait atteindre en longueur et en largeur de board ?

Pour la longueur, les règles des compétitions ne laissent pas beaucoup de place aux variations et c’est tant mieux, mais la catégorie UL le permet, sur quelques trop rares courses dans le monde.

J’ai déjà shapé un SUP tandem de 20’ de long soit 610 cm. Pour le SUP solo c’est 18’ pas plus. Apparemment au-delà de 19’ il n’y aurait plus de bénéfice de vitesse, que des ennuis de fabrication, transport et stockage.

Pour la largeur, parler des extrêmes c’est l’inverse j’imagine, la plus étroite ?

Pour l’instant la plus étroite 14’ chez 3 Bay c’est une ARROW HEAD en 19.5’’ shapée pour Anaïs Guyomarch l’année dernière. Exception faite avec la SQUID 18’ shapé pour la DI cette année atteint 18’’ de large à la ligne de flottaison. Rappelons que la largeur de votre planche doit être adaptée à votre niveau, votre gabarit et votre plan d’eau. Prendre une planche trop étroite pour ramer à genou, ou pire, passer son temps dans l’eau, à côté de sa planche, n’a pas de sens. L’énergie dépensée à tenir en équilibre n’est pas utilisée pour ramer efficacement. Je déconseille aux rameurs grands et lourds de partir sur trop étroit, mais la course à l’étroitesse semble être de mise actuellement !

Anaïs Guyomarch sur sa 19.5″ Arrow Head

Au final, d’un point de vue shape et vu les questions précédentes, pourquoi une planche Allwater est une planche Allwater, et pourquoi une planche de flat est-elle une planche de flat ?

Allwater (toutes eaux) comme son nom l’indique est une planche au programme d’utilisation polyvalente pour toutes utilisations. C’est-à-dire qu’elle doit être aussi agréable en downwind que sur eaux plates, avec des performances et un très bon confort sur tous les plans d’eau.

La planche Flatwater se doit être la plus rapide de toute les planches, glissant sans bruit sur des plans d’eau peu formés de clapots. En downwind ou conditions océaniques formées, elle risque d’être un véritable cauchemar, avec des enfournements du nose à chaque surf.

En conclusion, et si vous achetez un SUP Race d’occasion, prêtez attention à ces quelques détails utiles :

  • Un nose pointu, un rocker peu prononcé, des rails assez carrés, un arrière large sont des caractéristiques très communes aux planches de « Flat water »
  • Un nose plus rond, un rocker prononcé, des rails moins anguleux, un arrière plus fin et plus rond distinguent les planches « Allwater »
  • Si vous recherchez de la stabilité, privilégiez les planches aux rails carrés et aux arrières larges
  • Si vous préférez une planche plus « joueuse », choisissez-en une avec des rails plus ronds et des arrières plus pincés
  • Et si vous voulez la planche sur mesure de vos rêves, je reste à votre disposition !

Merci Patrice pour toutes ces réponses passionnantes, maintenant on est calés en shape de SUP Race !

Pour plus d’informations sur 3Bay Paddle :
3bay.fr / Facebook / Instagram

A propos de l’auteur

Laurie Montagner

Windsurf, wakesurf, surf, wingfoil et surtout SUP race, vous trouvez Laurie dans le Sud-Ouest, partout où il y a de l’eau entre Gruissan, la Garonne et Capbreton. Passionnée des sports nautiques, elle passe son temps à surfer, que ce soit sur la vague… ou sur le web ! Laurie est en effet spécialiste en marketing et développement web, de l’écriture de lignes de code à la réalisation de vidéos professionnelles. Très attirée par la compétition, vous l’avez sûrement déjà croisée sur l’un des évènements SUP aux quatre coins de la France !

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