Catalina Classic 2018 : Médéric Berthe revient sur la course de prone paddleboard où il prend la 4ème place !

Médéric Berthe, sponsorisé par l’équipementier Fanatic, est revenu de Californie fier de sa 4ème place et fier de sa femme Sandrine, qui devient la première Française de l’Histoire à boucler la course de prone paddleboard ! Malgré quelques frissons durant l’évènement, l’émotion et la joie sont là et le couple de Lit-et-Mix n’a plus qu’une seule idée en tête : revenir l’année prochaine pour de nouveaux exploits ! Récit par Médéric de cette folle journée.

3h50, nous nous réveillons sans même avoir besoin du réveil. Le départ de la course que nous préparons depuis des mois est dans deux heures. Il faut manger mais les estomacs sont serrés, le stress est là. Quoi qu’il en soit, nous savons que ça va être dur, une course comme celle-ci n’est jamais facile !

Nous avalons comme nous le pouvons le gâteau au chocolat préparé par Sandrine, un shaker de protéines et une banane. Nous buvons aussi de l’eau, l’hydratation est un point crucial dans une telle épreuve. Peu de mots sont échangés, déjà la concentration s’installe, il faut se préparer mentalement à ce départ aux côtés de près d’une centaine de rameurs.

5h00, nous embarquons sur l’annexe qui nous conduira du bateau de Jason jusqu’à la plage du départ. Bill se charge de nous véhiculer. Pendant le trajet, nous refaisons mentalement notre inventaire afin d’être certains de n’avoir rien oublié.

Une fois pieds à terre, il faut préparer les planches, gourdes, gels, pâtes de fruits, GPS, mousse pour le front…chaque détail compte.

Les planches sont prêtes, les sacs plastiques jetés, il est temps d’aller nous mettre en place sur la ligne de départ. Cette année, nous prendrons place au nord de la baie, avec les meilleurs, la course est longue mais le niveau est tellement haut et homogène que le départ est crucial.

Étirements, échauffements, respiration, méditation… les battements de cœur s’accélèrent au fur et à mesure que l’heure du départ approche.

5h50, nous sommes tous dans l’eau jusqu’aux genoux, prêts à bondir sur nos planches au signal du départ. Les minutes paraissent des heures…

5h58, avec deux minutes d’avance le départ est donné, je suis surpris, je saute sur ma planche et me cale sur le rythme infernal imprimé par les cadors de la course. C’est du pur sprint, on ne partirait pas plus vite si la course ne faisait que 500m ! Nous sommes tellement serrés qu’il est difficile de passer les bras pour ramer. Nous sommes littéralement aspirés par les leaders en « Unlimited », notre vitesse avoisine les 12 km/h par moment, incroyable ! Sandrine est quelques mètres derrière moi et profite de l’aspiration du mieux possible.

Nous sortons de la baie, les kilomètres défilent mais le rythme reste très élevé, il va falloir tenir la distance.

Je sais que je ne suis pas un champion des départs, ma vitesse de pointe n’est pas mon point fort. Je m’applique donc à bien ramer, sans perdre trop d’énergie et en gardant mes principaux « concurrents » à vue. Ma vitesse de point n’est peut-être pas mon point fort mais par contre je sais que je peux tenir une excellente vitesse moyenne sur 50km, je suis donc serein et me dit que je dépasserai les autres rameurs plus tard, quand j’aurai trouvé mon rythme.

Au bout d’une heure de course, après le « shoot » d’adrénaline du départ, ma nuque a commencé à me faire souffrir, des maux de tête très forts sont aussi apparus. Ainsi après 1h30 de course je me sens très mal, je souffre, ma vision se trouble. Ce n’est pas normal, avec mon entraînement je n’aurais jamais dû avoir un coup de mou si tôt !

Nous ne sommes arrivés en Californie que le mercredi soir pour une course ayant lieu le dimanche et comme je le craignais, je n’ai pas eu le temps de récupérer du voyage et du décalage horaire.

Je dois me ressaisir, impossible d’abandonner et inacceptable de faire un mauvais résultat. Je me concentre sur ma respiration, essaie de me détendre, d’avoir le geste le plus économique et le plus efficace possible…

Ça commence à aller mieux et après une heure de doutes et de douleurs ça repart. J’ai surmonté le premier obstacle et j’attaque pour me remettre dans la course.

Peu avant la moitié de la course, je double mon compatriote Mathieu CHEVALIER, c’est un excellent rameur cela me conforte dans mon idée que cette année je peux, je dois, faire un bon résultat.

3h30 de course, deuxième coup de « barre ». Celui-là est normal, tous les rameurs savent que la 4ème heure de course peut être terrible tant physiquement que psychologiquement. Pour la seconde fois de la course je passe une heure à lutter pour ne pas trop baisser le rythme. Pour l’instant je suis bien, très bien même ! Si je continue comme ça, je peux boucler la course en moins de 6 heures !!!

Pendant ce temps de lutte je passe la fameuse bouée R10 (PV10 de son vrai nom). Le courant de face s’intensifie, le vent de côté dégrade nettement le plan d’eau et malgré des forces qui reviennent peu à peu ma vitesse moyenne chute. Petit à petit je perds du terrain et réalise que je ne finirai pas en moins de 6 heures. Pas grave, c’est un détail, maintenant il ne faut rien lâcher, je ne vois pas mes poursuivants, mais connaissant la course et le niveau des gars je suis sûr qu’il y en a un ou plusieurs en embuscade derrière moi, n’attendant qu’une défaillance de ma part pour me laisser sur place.

Mon bateau suiveur m’annonce que je suis 5ème, je suis content, je suis dans le TOP 6, mon objectif. Je rame, je me motive comme je peux en me fixant pour objectif à court terme de rattraper un par un les concurrents en Unlimited qui sont à ma portée. J’avance, je remonte, ma tête et ma nuque me font toujours souffrir mais je gère. Ça y est, je vois « Manhattan Pier », c’est presque fini !

Je jette mes dernières forces dans la bataille, que c’est dur ! Surtout ne rien lâcher dans les derniers mètres, je ne suis pas à l’abri de me faire doubler sur la ligne par un concurrent que je n’aurais pas vu arriver.

Après 6h20min37sec de course je passe la ligne. Je suis soulagé, heureux et… épuisé. À ce moment je pense être 5ème, ça me suffit mais je vais quand même vérifier le tableau et surprise, je suis en fait 4ème, incroyable, à seulement 10 minutes du vainqueur. Je suis heureux et savoure cet instant, cependant je ne peux m’empêcher de me demander si sans mes douleurs, la fatigue du voyage et le décalage horaire j’aurais pu être capable de gagner ?… C’est sans importance, avec des « si » on refait le monde et je ne veux pas gâcher mon plaisir.

La course est finie pour moi, je pose mes affaires au bord et pars récupérer ma fille sur mon bateau suiveur. Ça me fait plaisir de voir Jason et Bill aussi contents, sur des courses comme celle-ci, le paddleboard devient un sport d’équipe, le bateau suiveur joue un rôle primordial : ravitaillements, cap à suivre, encouragements, infos sur ma position dans le peloton… Jason et Bill ont été extraordinaires et cette 4ème place c’est aussi la leur.

De retour sur la plage, il faut maintenant attendre des nouvelles de Sandrine. A-t-elle abandonné ? Est-elle bien placée ?… Après son hypothermie de l’an passé et les conséquences de cet abandon sur sa confiance, je n’ose même pas imaginer l’état dans lequel elle serait si jamais elle devait renoncer de nouveau…

D’après nos pronostics elle devrait, si tout se passe bien, arriver 1h/1h15 après moi, alors je guette. Tout en jouant avec Keilana – dans la mesure de mes capacités physiques du moment- je scrute l’horizon à la recherche de la planche jaune ou du bateau suiveur.

13h35, ça y est, je la vois ! Je suis soulagé, j’ai les larmes aux yeux, elle a réussi !!!

Elle a surmonté ses échecs et ses peurs et devient la première française de l’Histoire à boucler la « Catalina Classic » en 7h37min43sec.

Le soir, nous fêtons ça (sagement) lors de la soirée de remise des trophées au « Dive n’Surf ». La communauté du paddleboard est fantastique, si on peut se demander pourquoi on revient faire cette course tellement elle est dure et exigeante tant physiquement que psychologiquement, on trouve la réponse dans l’avant et l’après course. C’est si sympathique et agréable, pas d’argent, pas d’égo, pas de coups bas… que malgré les souffrances du jour on planifie déjà sa participation l’année suivante.

Remerciements :

BARK paddleboards, FANATIC, ION, H2Oaudio, Jason WRIGHT, Bill LYNCH, Franczeska STEAGALL, nos familles, nos amis et tous les rameurs, accompagnants et bénévoles qui font vivre l’esprit de cette course.

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