La fin de la saison dernière commençait à ressembler à une fin de règne pour le breton Gaétan Séné avec un championnat de France et des qualifications en demi teinte faisant la part belle à la jeune génération. Mais Gaétan a montré en ce début de saison 2014 qu'il a encore les crocs! Il le prouve avec 2 victoires sur des courses locales dans sa Bretagne natale et une superbe 4ème place sur la longue distance à Bilbao. TotalSUP a réussi à l'intercepter juste après Oléron et avant son départ pour les US aux Payette River Games.
TotalSUP: Bravo pour ton résultat à Bilbao le week-end dernier. Une 4ème place sur la longue distance. Comment s'est déroulé cet événement et comment perçois-tu ton état de forme actuel par rapport à tes concurrents et à ta préparation hivernale ?
G.S: Bilbao c'est une course où la force et l'agilité sur les sprints sont très importantes et en longue distance je voulais éviter la monotonie du drafting, j'ai donc choisi la tactique et des stratégies pour pimenter ces courses et trouver du plaisir.
Au round 3 des sprints, je me fais enfermer dès le départ, je n'arrivais donc pas à propulser correctement sur un plan d'eau devenu trop agité.
En petite finale, j'ai donc essayé de ne pas reproduire cette erreur et j'ai été chercher un peu d'eau plate à l'extérieur pour remonter sur Eric et ainsi le doubler dans le dernier virage avant le sprint finale.
En longue distance, je n'avais pas envie de m'ennuyer en draftant toute la course. J'ai alors choisi des options totalement différentes et radicales comparé aux autres riders: entre les courants, le placement dans les lignes de draft et les attaques aux virages. J'étais très souvent à l'avant poste mais en fin de course, je me suis retrouvé 8ème ! J'ai bien cru à ce moment là que j'allais payer cher le prix de mon animation au milieu du peloton !
Sur l'eau c'est la bataille, l'anarchie, il faut éviter d'être trop fair-play, sinon on se fait piquer sa place dans le draft ou on se fait enfermer et plaquer contre les berges. A plusieurs reprises j'ai été obligé de repousser le mur avec les mains pour me faire une place pour ramer !
Heureusement dans les cents derniers mètres je trouve l'énergie pour reproduire la même statégie qu'en sprint et remonter à la quatrième place.
Mon état de forme est plutôt bon au vu des derniers résultats. Malgré une diminution de l'entrainement en début d'année, mes choix de courses et une approche différente de la compétition, je reste performant.
La saison sportive est tellement longue avec trop d'évènements. Mon objectif cette année était de retrouver du plaisirs sur les courses en évitant la lassitude. Je n'ai plus l'énergie, la capacité de récupération et la fougue de mes 20 ans alors j'essaie d'optimiser ma préparation et mes choix de compétition pour continuer à ramer de longues années.
Accepter d'être moins performant en début d'année pour se préserver et mieux se préparer est un choix qui me permet de compenser la difficulté d'être performant sur 10/11 mois de l'année .
Peux-tu nous rappeler ton palmarès SUP et autres sports ? Et nous donner quelques-uns de tes meilleurs souvenirs de compétition ?
En 2010 & 2011 au début de ma pratique Sup, j'ai gagné plusieurs courses sur le Naish Sup tour qui m'a permis de partir à Hawaï sur l'ile de Maui. L'objectif était de participer à une compétition sur le fameux Maliko run. Ce parcours ainsi que la traversée entre Maui et Molokai sont mes meilleurs souvenirs en compétition malgré un résultat loin du podium.
Lors de mon premier championnat de France en 2011, je termine second sur toute les courses. Ces places me permettront d'être sélectionné au premier championnat du Monde ISA au Pérou ou je termine 7ème. En 2012 & 2013 je me suis un peu éloigné du podium avec la multiplication des courses et surtout la jeune génération qui progresse rapidement.
En Kayak, j’ai fait de la descente de rivière de 1993 à 2002, ou j’ai atteint le haut niveau et intégré l’équipe de France en 2000 à l’âge de 23 ans. Ma meilleure place en individuel a été 5e sur un championnat de France (1999). J’ai aussi décroché trois médailles d’or par équipe. Ensuite j'ai fait de l'ocean racing, ou l'on utilise un surfski, un kayak spécialement conçu pour surfer la houle du large. J'ai également remporté trois titres de champion de France mais cette fois en individuel. Mon plus beau souvenir est la participation à une coupe du Monde à Cape Town en Afrique du Sud, la houle était tellement grosse que je refusais les surfs, j'ai compris ce jours là que j'avais tout à apprendre de l'océan !
Comment as tu choisi tes courses cette année? Et en fonction de quoi ?
Comme je l'ai expliqué précédemment, mon objectif est de conserver le plaisir pour ramer le plus longtemps, j'ai donc choisi certaines courses ou j'allais trouver le maximum de plaisir aussi bien dans le format de course que dans le lieu, le paysage nouveau, l'ambiance, les amis et la réputation des organisateurs à être réactif et à mettre en place un parcours adapté aux conditions climatiques.
Bien évidement en étant sponsorisé, je n'ai pas toujours le choix et j'essaie de répondre au maximum aux attentes de mes partenaires. Depuis trois ans, Starboard et Mystic me font confiance malgré mon âge qui, j'en ai conscience, ne me permettra pas de rivaliser éternellement avec les jeunes.
Je valorise donc d'autres atouts, la stratégie en course, la technicité du coup de pagaie, et le choix des événements pour rester le plus performant.
L'engouement, la communication et la progression importante du Stand up paddle est en corrélation avec le nombre de sollicitations en tout genre auquel je suis amené à répondre.
Les trois dernière années, je continuais à travailler comme infirmier, mais depuis 8 mois il m'est impossible de trouver le temps et l'employeur qui accepte toutes mes contraintes liées à mon investissement dans le Sup.
J'essaie donc de gérer au mieux mon budget pour avoir le moins de dépenses. Je propose de plus en plus de clinic, technique de rame ou des balades encadrées afin d'augmenter mes revenus.
De plus, Je participe de temps en temps au développement du matériel de compétition ou j'essaie de faire le maximum de retour d'information.
J'essaie également de promouvoir d'autres pratiques que j'ai à cœur, l'unlimited mais aussi le gonflable pour les trips aux quatre coins du monde.
Toute la gestion de cette nouvelle vie professionnelle nécessite du temps, de l'organisation, de la préparation, qu'il faut ajuster avec l'entraînement, la récupération etc…
Peux-tu nous parler de ta participation aux Payette River Games le week-end prochain?
Les Payette River Games auxquels je vais participer prochainement est dans la continuité du développement du SUP comme j'aimerais le voir. Partir en avion sans aucun problème de planche puisqu'elle sera gonflable, mais aussi conserver le plaisir de la découverte d'un nouveau lieu, de nouveaux paysages et participer à un événement en pleine nature au milieu d'autres sportifs venus de disciplines différentes. C'est aussi un retour à mes origines de descente de rivière. La course sera en live, j’essaierai donc de vous faire partager au plus près cette nouvelle aventure avec le soutien de TotalSUP puisque je partagerai tous les jours quelques photos de cette aventure.
Tu es dans le circuit depuis le tout début, comment as-tu vu évoluer le sport à tous les niveaux ? Et que présage l'avenir d'après-toi ?
Il y a toujours une progression importante du marché du SUP surtout en loisirs. Le nombre d'événements continue lui aussi de progresser avec une part d'événements plus loisirs festifs que l'on ne voyait pas les dernières années. A l'inverse, le nombre de compétitions reste important mais stagne surtout en terme de participation. Pour moi, certains type de course, sprint, beach race courte et engagé, gros downwind est trop élitiste, il en faut pour satisfaire mon plaisir et celui des meilleurs coureurs mais fort heureusement des évènements plus accessibles se mettent en place.
Au niveau matériel, on est proche des limites en termes de développement des 12'6 et surtout de la largeur des planches, personnellement au vu des lieux et profils de compétition, je ne cherche plus les largeurs extrêmes.
Je pense que la pratique du SUP a donc encore pas mal de belles années devant elle surtout avec le gonflable qui peut continuer à progresser en termes de conception, forme et performance. Le SUP, s'il est pratiqué dans des conditions climatiques propices et avec du matériel adapté peut vite devenir le moyen de se balader ou de faire son « jogging » sur l'eau, c'est tout l'enjeu de la progression du gonflable.
Merci Gaétan et fingers crossed pour les Payette River Games!
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