Noïc Garioud – Mais qu’est-ce qui fait ramer “Chicken” ?

Cela fait deux mois que le prodige néo-calédonien du SUP Race, Noïc Garioud (“Chicken” pour les intimes) parcourt la métropole et enchaîne les performances en disputant les podiums avec notamment ses compagnons de voyage Titouan Puyo et Clément Colmas. De Pornichet à Bordeaux en passant par le Vendée Gliss et le Fort Boyard, Noïc a pris un bon bol de SUP français sur les compétitions qui ont tenu le coup face aux restrictions administratives liées au Covid. Juste avant les championnats de France de SUP Race à Annecy, c’est le moment parfait pour faire plus ample connaissance avec un garçon qu’on aime beaucoup et que l’on a beaucoup interviewé depuis trois ans sur le vif mais jamais en prenant le temps… allez creusons un peu avec le cagou !

Salut Noïc, question ô combien importante, peux-tu commencer par nous expliquer d’où provient ton surnom “chicken” ?

Alors techniquement c’est un surnom qui vient de mes parents. A la base il n’y a qu’eux qui m’appellent comme ça. Au début de mes courses internationales, un jour mon père a mis une publication sur Facebook “vas y mon poulet” et avec la traduction automatique en anglais, c’est parti de là tout le monde l’a vu et s’est marré. C’est surtout la bande australienne de Kelly Margets et Beau O’brian qui a repris l’info et qui m’a refilé le surnom.

Tu fais une tournée française depuis quelques semaines avec de superbes perfs. Quel bilan fais-tu de cette année 2020 très particulière ?

Il est vrai que depuis que j’ai commencé les courses en France les résultats sont plutôt satisfaisants avec des premières et secondes places alternées avec Titouan. En fait avec Titou on a fait 1, 2, 1, 2, sur 5 ou 6 courses d’affilée, c’était rigolo, quand je gagnais une course il gagnait celle du lendemain, et vice versa. Les gens commencent par croire que l’on fait exprès. Après je suis bien content d’avoir gagné le Vendée Gliss 2020, qui est une étape de l’EuroTour. Il y a quand même pas mal de déception de voir les circuits européens et internationaux quasiment annulés.

Les cagous dominent les courses depuis que Titouan, Clément et toi avez débarqué de Nouvelle Calédonie il y a deux mois. Quels sont les liens qui vous unissent ?

J’ai rencontré Titou et Clément par le stand up paddle à peu près en même temps. Je faisais du surf avant. Avec Clément on a fait aussi notre scolarité en même temps, en plus de la rame, puisqu’on était ensemble au collège et au lycée. Titouan a été un peu un coach pour nous, il nous a donné beaucoup de conseils et on a beaucoup appris grâce à lui. Ce qui a été vraiment sympa de sa part. C’est un peu lui notre mentor. A l’époque il n’y avait pas de groupe d’entrainement, mais il y avait des clubs qui organisaient des compétitions de stand up paddle. On était beaucoup de SUP racers en Nouvelle Calédonie, on était facilement 80 / 90 à s’aligner sur la ligne de départ. Donc ça marchait bien, il y a 4 / 5 ans encore. Aujourd’hui il n’y a quasiment plus de course, l’année dernière on était à peine 10. Mais notre petit groupe d’entrainement continue de survivre.

Note à part, ça fait aujourd’hui un mois que je reste avec Titouan dans sa maison familiale dans les Landes donc je pense que l’on peut dire qu’on est plutôt de bons amis, autrement je serais déjà à la porte ahaha.

Est-ce qu’il vous arrive de mettre en place des stratégies communes entre Cagous ?

Ah non pas du tout. Même si on est potes en dehors de l’eau, sur l’eau aussi d’ailleurs, on est compétiteurs avant tout avec une marque de planche différente, on n’a pas de raison particulière de mettre en place des stratégies, des alliances ou quoi que ce soit, on est aussi concurrent entre nous qu’avec les autres.

Comment s’entraîne Chicken? Peux-tu nous parler de ta méthode d’entraînement, à la maison mais aussi pendant les longues tournées?

On a un groupe d’entrairement en Nouvelle Calédonie qui se retrouve quasiment tous les matins. Dans le groupe il y a entre autres Benoit Rivière, Benjamin Legavre surnommé “Ben Le Loup”qui a un très gros niveau en surfski et qui est très fort sur le plat, Titouan Puyo, moi et d’autres. Notre rythme d’entraînement est toujours le même malgré la déception de ne plus avoir de grosses compétitions majeures cette année à part quelques exceptions. Pour ces entraînements on reçoit les séances par Vincent Guillaume et on travaille avec lui à fin d’être préparés au mieux pour chaque compétition. Les volumes d’entrainement varient  vraiment en fonction des saisons et des objectifs. C’est Vincent Guillaume qui gère ça et ce qui est cool c’est que je n’ai pas trop à m’en occuper. En fonction des échéances, Vincent me dit de faire et moi je fais. Après je donne mon ressenti, mes acquis.

A Nouméa j’essaie de tourner à au moins 1 entrainement par jour avec 1 jour de récup le dimanche. Sinon quand je prépare une compète, c’est souvent deux entrainements par jour, souvent une session sur l’eau et une en salle, ou SUP le matin et OC (pirogue hawaienne) l’après-midi, ou une séance de flat le matin et du downwind l’après-midi. Mais je ne suis pas à deux entrainements par jour toute l’année, ça engendrerait beaucoup trop de fatigue musculaire. Hors préparation, la 2ème séance c’est uniquement quand je le sens.

Quels autres sports pratiques-tu?

En fin de compte moi je viens du surf, je surf depuis que je suis tout petit et c’est un sport que j’ai arrêté pour me mettre au SUP – d’abord au SUP surf puis au SUP Race. Ca a été un choix un peu par défaut. Il y a quelques années, on a vendu notre bateau et comme en Calédonie il faut 25 minutes de bateau pour aller au reef, il n’était plus possible de surfer, car trop loin pour y aller à la rame. Là j’avais pas surfé depuis bien longtemps et le fait d’être dans les Landes, j‘ai trouvé un short board que Titouan m’a prêté, je me suis remis dans les vagues et ça fait du bien. Sinon je surf en Australie, chaque fois que j’y vais je prends le SUP surf et je m’éclate dans les vagues australiennes.

Sinon je touche un peu au Va’a (pirogue hawaienne) et à l’OC1. De temps en temps je saute sur une V6 (ndlr: va’a de 6 rameurs) avec des équipes locales. Juste avant de partir j’ai fait une compétition en V3, on a fait 4ème je crois. Ce sont des sports qui me plaisent, ça reste de la rame.

Après je fais du foil en downwind de temps en temps, j’aime bien allez shooter des vagues en surf foil. Sinon je n’ai fait qu’une fois de la wing mais je compte m’y mettre un peu plus quand je reviens.

Peux-tu me citer 3 de tes meilleurs souvenirs en SUP Race ?

Pour mes trois meilleurs souvenirs, je dirais mes 3 plus grosses victoires: les sprints à Londres, et la victoire de la double longue distance à Hood River en 2018 et la technical race en 2019. Cependant j’ai aussi fait des voyages inoubliables grâce à ce sport, comme la Grèce ou la Thaïlande.

Le SUP Race a l’air d’être une histoire de famille chez les Garioud. La famille c’est ton pilier?

C’est clair. Mes parents me soutiennent dans tous mes déplacements. On s’appelle assez souvent et ils me supportent à fond. Ils m’ont laissé mon année off pour faire des compéts ce qui est vraiment cool.

Et puis il y a ma grand-mère. Elle est bien triste de ne pas pouvoir m’accompagner cette année. Elle m’avait accompagnée sur l’Euro Tour en 2018 et 2019 et voulait remettre ça en 2020. En 2018 je me demandais à 16 ans comment j’allais faire pour faire une tournée seule loin de la famille. Mais c’est plus au niveau des restrictions liées à mon âge que ça posait problème. Du coup je me demandais comment faire alors m’a proposé de venir , elle est cool , elle pète la forme, et au final elle était super contente de voyager en Espagne, en Grèce etc. C’était la mamie de l’EuroTour, elle gardait les planches des compétiteurs, tout le monde l’appelait mamie.

Et puis faut pas oublier mon petit frère, Vaïc qui est à fond aussi. C’est moi qui ai repris les jeunes au centre d’entrainement, le CTE Caledonia.  Je les entraine 2 fois par semaine et le petit frère, il commence à ramer fort, il a déjà 14 ans et on devrait le voir bientôt sur des compétitions internationales.

Où en es-tu de tes études et comment arrives-tu à concilier compétition de haut-niveau et scolarité ?

En fait j’avais pris cette année off pour me consacrer au SUP race, c’est un peu mal tombé avec la crise du Covid puisque niveau compéts on n’a plus grand chose. Mais bon ça je ne pouvais pas prévoir. Là j’ai passé mon bac l’année dernière, du coup je compte attaquer des études de STAPS l’année prochaine en France. Je ne pas encore où.

Qu’espères-tu pour la suite de ta carrière et le développement du sport, notamment face à la montée en puissance du foil ?

Avec cette crise il est difficile de se projeter dans l’avenir de ce sport.  Cependant j’espère la sortie du sport aux prochains jeux olympiques, ce serait formidable !

En Nouvelle-Calédonie la baisse de l’intérêt pour le SUP race est dû à d’autres disciplines qui ont attiré les SUP racers, notamment le VTT électrique, le foil, le wing foil. On dirait un peu que le SUP Race a été un effet de mode là bas. Je sais pas… Après le peu de monde qu’on a encore, c’est du gros niveau. Dès qu’il faut relancer, que c’est technique et qu’il y a de l’enjeu, les écarts se creusent mais sur du flat et sans difficulté particulière il y a des gros rameurs et à armes égales on se tient tous.

S’il y avait du prize money dans le foil, je pense que ça pourrait inciter beaucoup de SUP racers à passer sur du foil. De là à ce que ça s’arrête complètement, je ne pense pas. Demain tu me dis d’arrêter la race pour ne faire que du foil parce qu’il y a des sous, je ne peux pas. La Race ça reste ma discipline. A titre personnel, si ça arrivait je pense que je ferais les deux.

Ceci dit, il ne faut pas croire qu’un bon SUP racer fait automatiquement un bon foil racer. Le foil est très technique et il faut en bouffer pour comprendre comment ça réagit sous les pieds, comment tu peux le contrôler, naviguer, accélérer etc.

Comment vas-tu aborder les deux week-ends de championnats de France 2020 à venir ?

Bon je suis bien entrainé. Après ca fait 2 mois que je suis sur le territoire et que j’enchaine bien les compètes. Il y a peut être un petit peu de fatigue donc j’essaie de gérer ça au mieux avec les entraînements, pour ne pas générer trop de fatique à l’entrainement, ce serait bête. Il ne faut pas non plus ne rien faire pour ne pas tout perdre. Faut trouver le bon équilibre. On verra ça ce week-end à Annecy.

J’ai vu qu’il y avait un format de sprint, là dessus je suis assez optimiste, c’est cool, j’aime bien le sprint, s’il est court c’est encore mieux. Je redoute un peu le froid éventuel. C’est un facteur à prendre en compte. Je n’ai jamais ramé sur le lac d’Annecy, je n’ai jamais fait la GlaGla race contrairement aux autres riders. Je ne sais donc pas trop à quoi m’attendre, on m’a dit qu’il pouvait y avoir des vagues s’il y a des bateaux. Après ça ne va pas être non plus la pleine saison, s’il y a quelques bateaux ça ne va pas être non plus la débandade… J’ai eu beaucoup de sons de cloche. Ca va être un peu la découverte.

Par contre ça va être long avec 19 bornes de flat, il va falloir jouer le draft et les relais.

Après Annecy ce sera l’île de Ré et il y aura sûrement le hongrois Bruno Hasulyo qui participera même s’il ne sera pas classé. Il s’entraine comme un malade, il revient du SUP 11 City Tour qu’il a remporté encore une fois, avec du bon matos pour ces conditions. Ce serait bête que ce ne soit pas un français qui gagne le Championnat de France…

Je tiens à remercier la Ligue Calédonienne de Surf qui me soutient beaucoup tout au long de mes déplacements et surtout pour les championnats de France !!! Ce sont eux qui prennent aussi en charge le CTE Caledonia.

Vous pouvez suivre Noic Garioud sur Facebook et Instagram: 
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> www.instagram.com/noicgarioud/

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