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Ensemble avec Loïc Cros vers les Premiers Mondiaux de SUP pour Sourds

11 Jun 2025

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Loïc Cros s’apprête à relever un défi unique : représenter la France aux tout premiers Championnats du monde de SUP pour athlètes sourds, au Japon. Ce passionné de glisse, participera aux épreuves de sprint, longue distance et parcours technique dans le cadre des World Deaf Triple S Games. Mais avant de hisser le drapeau tricolore à l’autre bout du monde, il doit franchir un obstacle de taille : le financement de son aventure. Pour y parvenir, Loïc a lancé une campagne de crowdfunding et fait appel à la solidarité de la communauté. Plus qu’un simple projet sportif, c’est un message d’inclusion et de détermination qu’il porte avec fierté. Chaque don compte, chaque partage rapproche ce rêve d’une réalité. Son voyage commence ici, avec nous tous à ses côtés.

Hello Loïc, comment as-tu appris l’existence de ces premiers Championnats du Monde de SUP pour athlètes sourds, et quel a été ton premier ressenti en découvrant ce projet inédit ?

J’ai appris son existence durant les Championnats de France SUP Race à St Raphaël fin octobre 2024, par le biais d’une personne sourde japonaise sur Instagram qui m’a contacté, m’informant de son souhait d’organiser le premier championnat du monde de SUP race sourd, en même temps que l’événement World Deaf Triple S Games (Surf, SUP et Skate), qui a été dévoilé quelques jours après, mi-novembre, sur les réseaux sociaux.

Ma première réaction a été d’être fou de joie de voir que ça arrive enfin, motivé par la possibilité de participer à cette première édition qui sera historique dans tous les sens, et de rencontrer les sourds qui pratiquent ce sport. Car ça fait tellement d’années que je concoure dans le circuit national, et être le seul sourd sur des compétitions, ça pèse un peu avec les années qui passent, et de ne pas pouvoir évoluer plus que sur le plan national dans ce sport en étant sourd. J’ai de la chance de pouvoir me confronter aux entendants et d’essayer de performer. C’est la seule motivation qui me restait pour continuer à courir dans le sport SUP Race tant que je me sens encore jeune (pour plusieurs années en tout cas j’espère, haha, ils sont coriaces les jeunes de nos jours…). Il faut comprendre que le handicap sourd n’est pas en soi un handicap quand on pratique le sport. Le seul handicap, ce sont les bruits qui pourraient aider à corriger les erreurs, et la communication, du fait que j’ai juste perdu les oreilles à la naissance. Mais physiquement, je suis parfaitement apte comme une personne valide, et je peux performer avec de l’entraînement…

Ma 2ᵉ réaction a été également l’inquiétude : comment vais-je faire pour y aller ? Est-ce que ça va coller avec le projet d’hiver 2027 ? Et puis je ne suis jamais parti aussi loin que ça ! Et comment financer tout ça aussi, avec la prépa Jeux 2027 ?! J’ai passé tout l’hiver à cogiter entre deux entraînements de ski de fond, les pour et les contre… C’était début mai que j’ai décidé de tenter ma chance !

Mais n’empêche, apprendre que ces championnats auront lieu, c’est aussi un grand soulagement de se dire qu’il y a des sourds dans le monde entier qui veulent que ça se fasse. Et j’ai vraiment très hâte de pouvoir participer et affronter les meilleurs sourds du monde entier, que j’espère voir nombreux, car l’inscription est libre, dans le même principe que l’IFC (pas de quotas, de sélection ou de formation d’équipe nationale par la fédération nationale).

Peux-tu nous en dire plus sur l’organisation des “World Deaf Triple S Games” et en quoi cette compétition est différente des événements ISA ou ICF ? Quelles sont les disciplines et formats ?

Ce que je sais, c’est que l’événement est organisé par les associations sport sourd japonaises de surf, SUP et skate, qui sont très actives dans leur pays, organisant régulièrement des compétitions nationales entre sourds uniquement… comme la majorité des pays dans le monde entier…

Et leur objectif est de promouvoir ces trois sports afin de pouvoir les faire intégrer à long terme aux Jeux Deaflympics d’été. L’existence des championnats est une étape nécessaire pour s’intégrer, ainsi qu’un nombre suffisant d’athlètes/pays participants aussi. Les Deaflympics sont tout simplement l’équivalent des Jeux Olympiques ou Paralympiques pour les sourds uniquement… le 2ᵉ plus vieux événement multisport (existant depuis 1924, fondé par un Français, Eugène Rubens-Alcais). Et malgré les pourparlers entre les deux instances, IPC et ICSD (Comité Sport Sourd International, reconnu par le CIO depuis 1956), dans les années 80-90 pour une fusion possible, ils ont tous les deux décidé que ce n’était pas possible.

Cet événement sera consacré à 100 % aux sourds, donc très adapté au handicap de la surdité et à ses difficultés rencontrées dans la vie de tous les jours, avec un très fort accent mis sur la communication visuelle, sans que je doive rappeler à l’organisateur, par prévention d’un oubli possible, de mettre en place un départ visuel en plus du sonore, par exemple. Alors que là, ce sera déjà automatique, car c’est de façon naturelle qu’on le fait, car on connaît parfaitement notre handicap… On se comprend mieux quand on se ressemble…

Et c’est tout cela qui fait la différence avec les ISA ou ICF, qui se concentrent exclusivement sur les Jeux Olympiques et Paralympiques… et donc ne reconnaissent pas du tout la catégorie “Sourd” dans leurs programmes (car cela concerne les Jeux Deaflympics).

Côté format, il n’y a rien de définitif d’après ce que j’ai compris. Je sais que du 7 au 9, il y aura les compétitions de surf et de SUP (vague et race), et que les 10 et 11 seront consacrés au skateboard. Pour moi, en SUP Race, c’est prévu qu’il y aura 4 formats : courte distance de 4 km, course technique format slalom, sprint aller-retour de 100 m, et relais, les 8 et/ou 9 novembre.

Tu as déjà représenté la France aux Jeux d’Hiver sourds en ski de fond. Peux-tu nous raconter cette aventure ?

C’était une aventure inoubliable pour moi d’avoir pu vivre ça, ça marque pour la vie ! Rien que de représenter la France, et plus particulièrement la France sourde dans ces Jeux… c’est indescriptible ! On ne le vit pas tous les jours. En France, on est peu à participer, car il faut passer par les sélections pour prétendre y participer, et même si j’aimerais en revivre un aussitôt, j’espère en hiver 2027 !

C’était en Turquie, et c’était la première fois que je prenais l’avion et partais aussi loin… Avec mon partenaire Antoine, on avait réussi à ramener la première médaille historique sur la dernière épreuve, en relais team sprint, et c’est la première de l’histoire du ski de fond sourd français (médaille de bronze).

Ce qui m’a aussi beaucoup marqué dans ces Jeux, ce sont les échanges en langue des signes avec les sourds des autres pays, notamment les Ukrainiens, Kazakhs, Sud-Coréens et les Chinois. J’ai aussi eu l’occasion d’échanger avec les Polonais, les Brésiliens à l’hébergement. Sachant que chaque pays a sa propre langue des signes, il fallait s’adapter, et ça se fait assez rapidement, car il y a des signes qui se comprennent, d’autres moins, où il fallait essayer de comprendre haha. Bref, c’est un événement que j’ai envie de vivre le plus souvent possible. C’est enrichissant et vivant, et je me sens tellement moi-même. Tout est naturel par rapport à mon handicap dans ce petit monde, assez différent de celui que je fréquente habituellement, celui des entendants, haha, où, pour le coup, c’est surtout moi qui m’adapte très souvent à ce monde.

J’ai dû apprendre à parler à 6 ans pour m’adapter, et j’ai dû passer par plusieurs rééducations orthophoniques, ce qui est très “fatigant” pour moi…
Mais je suis bien content de connaître et de vivre dans les deux mondes, de voir les différences et d’en inspirer l’un comme l’autre pour avancer. J’ai juste une préférence pour celui du monde du silence, qui est très apaisant…

Quelles sont les spécificités du sport sourd en général que le grand public connaît peu ou mal ? Et notamment en SUP ?

La règle chez l’ICSD est très claire… Les présidents et la majorité des sourds occupant des postes exécutifs d’une fédération nationale ou sportive internationale doivent être sourds. C’est inscrit dans leurs statuts depuis 1924, à la suite des exclusions des sourds de la société et même des compétitions par les entendants, au début des années 1900, car considérés comme dangereux, parias, intellectuellement inférieurs…
C’est depuis la première Deaflympics d’été en 1924 à Paris, qui fut un succès, qu’ils ont décidé de ne plus laisser les entendants prendre les décisions à leur place (cf. Congrès de Milan 1880 notamment, qui est une date “noire” pour la communauté des sourds)…

Donc, même si l’ISA ou l’ICF décide de reconnaître à nouveau la catégorie “Sourd” dans leur programme des Championnats du monde de Para Surf, il y aura probablement une non-reconnaissance de la part de l’ICSD de cette fédération, en raison du fait que le président est “entendant”…
La France a d’ailleurs été “victime” de cela entre 2009 et 2011, du fait que le président de la FF Handisport n’était pas sourd…
À l’heure actuelle, en France, c’est France Paralympique qui représente (avec sa propre commission “Deaf”, dont le président est sourd, tout comme la majorité des membres de la commission) à l’international.
Cependant, ce sont toujours les fédérations nationales françaises, et donc la FF Surf, qui auront la responsabilité de former, organiser des stages, de valider une équipe si un jour il y a une invitation officielle pour un 2e ou 3e Championnat du monde sourds de SUP Race, par exemple, avec des quotas par pays (comme ISA), PV de sélection d’un DTN obligatoire, etc.
Ce n’est pas le cas pour cette première édition, qui fonctionnera comme l’ICF, c’est-à-dire inscription libre.

Bref, c’est pour cela qu’il existe une fédération International Deaf Surfriders Association, qui co-organise également les mondiaux de surf au Japon. C’est le “ISA” pour les sourds en surf…

Les besoins sont très spécifiques pour les sourds et seront toujours là malgré les progrès, puisque même à l’heure actuelle, nous nous battons toujours dans la société pour que les sous-titrages soient généralisés, tout comme les interprètes en langue des signes, et pour que celle-ci soit inscrite dans la Constitution…
Car pas plus tard que cette année, il y a eu un recul aux États-Unis avec le nouveau président, qui a supprimé tout cela pour des motifs financiers, empêchant les sourds de suivre l’actualité et même les débats politiques tout court…
C’est un exemple parmi d’autres… Quand une personne non concernée décide à la place des autres (exemple : un homme qui décide pour les femmes et inversement…).

Bien sûr, il y a du positif tout de même de nos jours… Heureusement… comme les sous-titrages en visioconférence, qui me permettent de suivre les réunions de mon association ou de la ligue…

Et le fait qu’il y ait des compétitions 100 % sourds, c’est pour que les sourds puissent s’intégrer pleinement, se comprendre, et communiquer naturellement (oralement ou en langue des signes, mais entre personnes connaissant le handicap), sans devoir s’adapter en permanence, ce qui est une source d’épuisement.

On le vit déjà souvent dans la société, ce n’est pas pour en “rajouter” encore plus dans la vie privée ou les loisirs.
Je prends par exemple le fait que cela m’arrive souvent de participer à des rassemblements avec des entendants majoritaires, et de ne rien comprendre à ce qui se dit. Tout simplement, il y a trop de bruit et je n’arrive pas à faire la part des discussions pour comprendre ce que la personne veut me dire, parce que j’entends tout (tout est mélangé quand j’écoute).
À un moment donné, je suis très fatigué, je n’arrive plus à faire de lecture labiale, et j’ai tout simplement envie de couper court et rentrer chez moi me reposer…

Et pour être éligible à participer à ces compétitions du sport sourd, ou même de devenir dirigeant un jour, la règle est aussi très claire chez l’ICSD :
Il faut tout simplement fournir un audiogramme rempli par un médecin ORL, indiquant une perte de + de 55 décibels sur la meilleure des deux oreilles… Et pendant les compétitions, le port d’appareils auditifs est interdit, sous peine de disqualification : c’est considéré comme un dopage.
C’est un point que j’ai souvent rappelé à la FF Surf : qu’elle mette cela en place dès que possible afin de respecter la catégorie “Sourd” en compétition sur le plan national, que ce soit en surf, en SUP Race ou autre…
Il y a déjà eu des tricheries à cause de l’absence de ce contrôle, et il y a eu des résultats faussés…

Mais sinon, les règles sportives sont identiques à celles des valides.
On peut courir sans adaptation, autre que le signal de départ, qui sera visuel et non sonore.
Cela s’applique, bien sûr, au SUP Race.

Tu as lancé une cagnotte pour financer ton déplacement au Japon. Peux-tu nous expliquer les défis auxquels tu fais face pour participer à cet événement et comment chacun peut te soutenir ?

Oui, j’ai dû ouvrir une cagnotte pour pouvoir me financer et aller au Japon en toute sérénité, car j’avais contacté la FF Surf, et ils ne pourront pas, pour l’instant, m’aider sur ce point.

Bien sûr, ils me soutiennent dans ce défi, et j’apprécie leur soutien moral. C’est tout simplement pas possible du côté financier avec la politique actuelle en France : la baisse du budget fait que c’est devenu encore très compliqué pour les sports qui ne sont ni olympiques ni paralympiques…

Et les sportifs sourds sont les plus “mal aimés” par l’État français, malheureusement, quel que soit le sport, même en ski de fond.
C’est à cause du fait que les Jeux Deaflympics ne sont pas toujours reconnus au même titre que les JOP en France. On n’est pas du tout primés, ni reçus par le ministère quand on ramène une médaille, pour dire, alors même que c’est un Français qui a créé ces Jeux…

C’est un combat toujours d’actualité depuis plusieurs années, hélas ! Alors qu’à l’international, tout est clair, que ce soit au CIO, IPC ou ICSD… et que les Jeux Deaflympics sont primés et récompensés dans de nombreux pays.

Y participer est primordial pour le développement du sport SUP Race chez les sourds à l’international, déjà en priorité, donc pour plus de visibilité de ce sport auprès de la communauté sourde.

Et j’espère que cela aura des retours positifs sur le sol français, voire européen, pour encourager d’autres sourds à, pourquoi pas, découvrir le sport SUP Race…

J’espère que ça donnera envie, en tout cas, à beaucoup de sourds de faire de la compétition en SUP Race à l’avenir, histoire que je puisse les confronter en Europe…

Et pour moi personnellement, j’espère pouvoir contribuer à faire intégrer le sport aux Jeux Deaflympics. C’était aussi mon souhait de voir un jour ce sport dans ces Jeux, et pourquoi pas avant les Jeux Olympiques et Paralympiques… soyons fous !

Petite anecdote : les sports comme le bowling, la course d’orientation, les échecs et le futsal sont des sports Deaflympics… alors qu’ils ne sont pas du tout olympiques.

Donc, participer au Championnat du monde est nécessaire pour atteindre l’objectif final : faire intégrer le sport aux Deaflympics d’été !

Et pourquoi ne pas y participer si je suis sélectionné quand ça arrivera, et donc devenir un des rares athlètes à faire à la fois les Jeux d’hiver et d’été… C’est extrêmement rare de nos jours en France !

Et puis, j’ai également un autre projet en place depuis bien avant l’annonce de ce Championnat : les Jeux Deaflympics d’hiver 2027 en ski de fond, que je dois toujours financer moi-même — toute la préparation, le matériel, etc.

 

Comment vas-tu organiser ton entraînement d’ici là ?

Je suis obligé de faire l’impasse sur la saison fédérale nationale en SUP Race pour des raisons financières et de calendrier. Tous les Open de France les plus proches tombent avant l’été, ce qui me laisse peu de temps pour m’organiser.
Aller aux Championnats de France représente un sacré budget, et avec l’incertitude de réussir à réunir la somme dont j’ai besoin pour aller au Japon, j’essaye de gratter des économies à gauche à droite comme je peux, et j’espère que rien ne me tombera sur la tête… La vie est pleine de surprises, bonnes comme mauvaises, hélas.
Par exemple, j’ai récemment dû faire des réparations sur ma voiture…

J’ai donc décidé de participer uniquement aux courses de SUP Race locales. Je vais notamment prendre part à la Loire Paddle Trophy et à la Very Flat Race, à la maison aussi, que j’avais déjà cochées pour cette année, afin de ne pas perdre le rythme de la compétition en SUP Race.
Cela me permet de me préparer dans les meilleures conditions possibles pour le Japon, tout en étant contraint de restreindre mes déplacements pour maximiser mes chances de participer.

Je m’entraînerai en alternance le plus souvent possible sur les deux lacs d’Aiguebelette et du Bourget, en profitant de leurs conditions différentes : l’un est plat, l’autre plus agité avec des bumps courts et glissants.

Et tout cela, sans pour autant délaisser mon deuxième projet : les Jeux Deaflympics d’Hiver en Autriche en 2027, qui sont toujours d’actualité depuis 2024.

Donc je mène un double projet, avec mon coach personnel qui me suit depuis 2020, principalement pour le ski de fond.

C’est un défi que j’ai déjà relevé en 2023-2024 (avec les Championnats de France eaux intérieures à Brive 2023, suivis des Jeux Deaflympics d’Hiver en mars 2024), et ça s’est très bien passé. Donc c’est faisable.

Je pars donc sur ce chemin :
Participer à la première édition du Championnat du monde de SUP Race, puis me projeter totalement vers la sélection pour les Jeux d’Hiver en janvier 2027 en Autriche.

C’est excitant, quand même, tout ça !

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A propos de l’auteur

Mathieu Astier

Mathieu est le fondateur de TotalSUP et un expert en marketing digital multilingue avec plus de 20 ans d’expérience au sein de grandes entreprises internationales du web. Son coup de foudre pour le Stand Up Paddle en 2013 l’a inspiré à créer TotalSUP, aujourd’hui le média et la communauté de référence du sport, et à tourner sa vie de famille résolument vers l'océan.

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