Entre souffrance, résilience et espoir, Annaig Grall vit avec le Covid depuis 9 mois

11th December 2020

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Quelle a été notre (très mauvaise) surprise d’apprendre il y a quelques jours qu’Annaig Grall, l’une des figures les plus sympathiques du circuit SUP Race en France, avait non seulement attrapé le Covid en mars, mais que sa souffrance continuait encore à ce jour ! 9 mois de galère, physique et neurologique, symptomatique d’un Covid long, une forme du Covid pas encore reconnue officiellement. Mais le moral de notre amie bretonne est fort ! Annaig a une telle rage de vaincre cette maladie et de retourner sur une planche de Stand Up Paddle que, nous en sommes sûrs, nous la verrons bientôt parmi nous sur les compétitions de SUP ! Voici son témoignage.

Allez vas-y Annaig, carte d’identité, attestation de sortie, vas-y sors nous la totale !

J’ai 55 ans et je vis dans ce petit coin de paradis qu’est la Presqu’île de Crozon. Issue d’une longue lignée de marins, la mer est mon ADN, elle contribue à mon équilibre. Depuis toute petite j’ai besoin d’aller sur l’eau, en optimist au départ puis assez rapidement en 78 ou 79 en planche à voile. C’est très vite devenu une passion, un way of life ! J’ai très vite été gagnée par le virus de la compétition notamment en vitesse. Une sacrée tranche de vie faite d’insouciance, de déplacements de spot en spot et de merveilleux souvenirs à la clé.

Peux-tu nous raconter ta vie de stand up paddleuse jusqu’à aujourd’hui.

En 2016 j’ai éprouvé le besoin d’aller simplement et rapidement sur l’eau et le Stand Up Paddle s’est imposé à moi comme une évidence.
Assez vite j’ai fait la connaissance de l’équipe de SUP29 où j’avais quelques vieux amis de la PAV. Super accueil dans un club au grain de folie entraînant et dynamique.
Ayant toujours eu l’esprit de compétition chevillé au corps dès 2017 j’ai participé à mes 1ères compétitions, je concourais en catégorie « vieille toquée » (Grand Kahunas) avec mon binôme et amie Isabelle Doaré Duverger qui n’était jamais très loin ;o) : Nautic Paddle, La Baule Summer Cup, GlaglaRace, Morbihan Paddle Trophy, les Championnats de Bretagne, de France.
En 2019 je suis revenue à mes premiers amours et je n’ai pas pu résister à l’appel de la Windsurfer LT et son programme de compet bien alléchant, on y retrouve quelques SUPers d’ailleurs et pas des moindres. Les jours sans vent la Windsurfer LT se transforme aussi en SUP très sympa pour de la balade.

Explique nous comment tu t’es rendue compte que tu avais le Covid et comment as-tu été diagnostiquée et soignée?

Je ne suis quasi jamais malade tant que je vais à l’eau, là c’est vrai que depuis l’automne je n’y étais quasi pas allée et le 12 mars je me suis rendue compte que j’avais de la fièvre, je commençais aussi à avoir mal à la gorge puis très vite mal à la tête également.

Il faut rappeler qu’à l’époque on parlait du Covid19 comme quelque chose de très très loin de nous, qui touchait la Chine, un peu l’Italie, ne concernait que des personnes qui avaient voyagé à l’étranger et honnêtement au fin fond de la Presqu’île de Crozon je ne me sentais pas concernée…

Au même moment il y a eu le premier cas à  Camaret (je l’ignorais alors), une personne âgée contaminée par sa petite-fille venue de la région parisienne lui rendre visite. Elle est hélas décédée. C’était au 11 mars le seul cas déclaré de toute la Presqu’île sachant que la contamination s’était faite par le biais d’une personne venant de région parisienne.

Aussi mon médecin dans un premier temps (15 bons jours) n’a pas cru que je pouvais avoir le Covid, contenu que je n’avais pas voyagé à l’étranger, que je n’avais pas eu de contact avec des personnes en revenant et que la Presqu’île et globalement le département du Finistère n’était que très très peu touché.

Ce qui a fait pencher le diagnostic vers le Covid dans l’attente d’un scanner pour éliminer toute autre pathologie c’est l’intensité et la durée de la maladie, les différentes analyses également. Mais je rappelle une nouvelle fois qu’il faut se replacer dans le contexte de mars/avril où le corps médical découvrait le virus.

En l’absence (et heureusement pour moi) de difficultés respiratoires importantes, je suis restée chez moi comme de nombreux malades avec juste une prescription de Doliprane… que bien heureusement je n’ai pas pris… mon foie me dit merci (rires)

Tu es dans une situation de Covid long. Qu’est-ce que cela signifie exactement? Dans quel état es-tu 9 mois après être tombée malade?

Alors le Covid long… pour la petite histoire ce sont les malades qui l’ont nommé comme cela. Car il faut savoir qu’au départ et même encore maintenant cette forme de la maladie n’est pas reconnue par nombre de médecins. Ils disent à leurs patients que c’est dans la tête et leurs prescrivent des anti-dépresseurs. Il y a aujourd’hui une immense détresse de la part de tous ces malades au long court.

Pour ma part, près de 9 mois après le début du Covid je n’ai pas repris ma vie d’avant : essoufflements au moindre petit effort, cardio qui va de pair et qui s’emballe, mauvaise oxygénation du sang. Si je force trop les maux de tête reviennent et rien y fait pour les faire passer. J’ai eu de la température tous les jours jusqu’à il y a un mois. J’en ai encore le soir quand j’ai un peu trop forcé. Et puis il y a la fatigue +++++, qui entraîne de grosses difficultés à se concentrer, à lire (je n’y arrive plus), énormes problèmes de mémoire. Exacerbation de maux et problèmes antérieurs, vertiges en ce qui me concerne et j’ai aussi gardé des soucis olfactifs.

Quel impact est-ce que cette situation a sur ta vie professionnelle et ta vie de tous les jours.

En ce qui concerne ma vie professionnelle, j’ai « la chance » de ne pas travailler. Ce n’est hélas pas le cas de tous ceux qui comme moi souffrent du Covid long, maladie non reconnue, encore moins en ALD. Certains ont déjà été licenciés, d’autres se retrouvent dans des situations dramatiques, ne peuvent pas reprendre le boulot.

Comment vis-tu les restrictions de déplacement et quel est ton avis dessus?

Je ne vis pas bien du tout les restrictions de déplacement surtout que jusqu’à il y a une semaine nous étions privés de la mer et de ses bienfaits. C’est inadmissible, l’accès à la mer est un droit inaliénable. D’autant que par chez moi il est très simple d’accéder à la mer quelque soit sa pratique et de respecter les gestes barrières.

Depuis maintenant une semaine je vais dans l’eau tous les jours marcher en maillot jusqu’à la taille. Je m’habille chaudement en Néoprène dans le haut. Ça me fait un bien fou du point de vue énergétique, je n’ai presque plus de coup de pompes dans la journée et je fais quasiment le double de choses qu’avant de retourner dans l’eau. Mon sommeil est plus réparateur. Mon cardio descend dès que je suis dans l’eau, mon oxygénation est +++, bref je ne peux que m’en féliciter.

Quand penses-tu pouvoir remonter sur un paddle?

En fait j’ai ramé 3 fois cet été sur une mer ultra plate et sans vent pendant 1/4 d’heure – 20 minutes au ralenti…. j’étais au bout de ma vie ! Je sais maintenant que tant que je n’aurais pas retrouvé un cardio correct, je ne pourrais pas espérer reprendre le paddle en entraînement. Je me compare pour le moment à une personne de 70 ans qui n’a jamais fait de sport de sa vie.

Mais j’ai le moral, la rage même ! D’y arriver et que tout ça ne soit qu’un lointain souvenir… en attendant j’apprends la résilience ;o)

Merci pour ton témoignage Annaig, on souhaite te revoir en très bonne forme et très vite sur l’eau !

Pour envoyer vos encouragements à Annaig, rendez-vous sur sa page Facebook:

http://facebook.com/annaig.grall/

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