“J’ai joué avec les limites de mon corps”, la semaine choc de Joseph Gueguen au Watermana 2018

C’était l’un de ses objectifs majeurs pour cette année 2018, se qualifier pour le Watermana à travers les 2 étapes partenaires des Waterman Challenges grâce à une collaboration avec TotalSUP, Kainalu XT et Air Tahiti Nui et se rendre pour la première fois en Polynésie Française. 2ème de l’épreuve de Crozon et 1er de l’épreuve de Soulac, Joseph Gueguen a pu décrocher le sésame et rejoindre ses copains Paul-Conrad Delaere, Ludovic Teulade qui bénéficiaient eux d’une Wild-Card de la part de TotalSUP. Voici le récit de Joseph d’une semaine hors-normes au paradis des watermen.

Après une magnifique semaine sur l’île de Tahaa, c’est le départ pour Huahine. Tahaa est une île sauvage, peu touristique et d’une nature généreuse. Paul, Agathe, Ludo et moi avons passé la semaine chez le père d’Agathe. Une jolie maison face à la mer qui nous a permis de nager, surfer, ramer et découvrir la richesse de cette île, dite l’île vanille.

Notre séjour n’est qu’aux prémices de l’aventure polynésienne. Dans quelques heures nous serons sur le terrain de jeu du Watermana, une épreuve combinée de rame, de natation et surtout pleine de surprises lors des 5 jours de compétition. Un seul mot d’ordre « Soyez prêt à tout, ne vous attendez à rien. ». Pour pimenter un vol surement trop banal entre Raiatea et Huahine, je m’aperçois au guichet que j’ai pris mon billet pour le 1er décembre et non le 24 novembre… avion complet et pas de vol avant lundi, 1er jour du Watermana.

Coup de chance, un désistement et à 15h nous sommes à Huahine! Pris en charge à l’aéroport par Leslie et Puatea de l’organisation du Watermana, nous rejoignons le Fare Amuiraa dans le village de Fare, notre lit douillet pour la semaine.

Une grande cuisine, 2 grandes pièces, une pour le matos, et une pour le dortoir et les 30 matelas, jolie colonie de vacances en perspective.

Nous rencontrons Stéphan Lambert, le boss du  Watermana, nous nous inscrivons et avons juste le temps de profiter du sunset pour essayer nos prone. Fare est orienté ouest, les couchés de soleil sur Raiatea sont incroyables.

Watermana 2018 – Dimanche 25 novembre – Découverte de Huahine et du programme

Premier réveil sur Huahine avec notre nouvelle communauté. Mise à l’eau groupée, pour une joyeuse balade, car l’heure est au repos. Je prends le temps de flâner, de faire mes emplettes au marché et de prévoir un bon déjeuner dominical : poulet rôti, thon cru, papaye, avocat… local et délicieux.

Le programme de la semaine est annoncé :

Lundi : Animation avec les écoliers de l’île / Warm Up

Mardi : 24km prone

Mercredi : combo

Jeudi : 10km natation

Vendredi : 44km de SUP

La question est : à quel point ce programme va-t-il être respecté ?

Watermana 2018 –  Lundi 26 novembre – “No Ice in Paradise”

Nous rencontrons ce matin les classes de cinquième de l’île pour une animation sportive autour des pratiques waterman et une sensibilisation aux problèmes de la drogue.

L’ice ou crack est un fléau qui touche même les plus jeunes dans ces îles.

Nous nous prenons au jeu et observons avec beaucoup de plaisir ces gamins tout sourire qui montrent de belles prédispositions aquatiques.

En ce qui nous concerne, nous attendons l’arrivée de Manue Bescheron demain matin pour démarrer les hostilités, mais Stéphan Lambert, l’organisateur a tout de même prévu de quoi nous divertir.

A 16h nous partons sur une course promotionnelle de SUP qui permet à la troupe de se mettre dans le bain et de découvrir notre nouveau terrain de jeu.

Mais qui dit waterman dit sportif complet. A l’arrivée du SUP, tous en cercle face à Maeva Hargrave, la doyenne de l’événement et recordwoman de l’épreuve de gainage du WTT avec 13 minutes au compteur. Elle mettra la moitié du groupe à l’amende, en tenant cette fois-ci 9min ! Melvyn prolongera le plaisir 6 minutes de plus et je garderai pour ma part la marque de la pelouse sur mes coudes jusqu’à mon retour en France.

Watermana 2018 – Mardi 27 novembre : Prone, Cliff Jumping et Circuit Sauvetage

Tous en tenue de combat pour une belle journée de prone, nous partons à 7h30 dans la benne du camion, accueillir Manue à l’aéroport.

L’équipe enfin au complet, les épreuves peuvent commencer : 2 manches de 12km de Fare à une plage au sud, retour.

8h30, alignés sous le ponton nous partons plein gaz vers la passe de Fare pour sortir du lagon puis revenir dans le lagon par la passe de Fiti et longer la côte jusqu’à l’arrivée.

Le soleil est déjà haut et la chaleur se fait sentir, mais le petit vent qui descend par intervalle des montagnes fait beaucoup de bien au thermostat. Les SUPers montrent de belles qualités de rame sur ce type d’épreuves, à la grande surprise des sauveteurs, nous avons une bonne endurance musculaire qui permet de tirer notre épingle du jeu.

Une fois sur la plage, Stéphane nous demande de monter à bord des 2 bateaux accompagnateurs et de laisser nos prones sur la plage, pas plus d’infos…

Naviguant vers l’est en passant entre les deux îles qui composent Huahine nous nous arrêtons face aux falaises de l’ile nord. Beau jump en perspective !

Nous sauterons tour à tour de 10m, un bon shoot d’adrénaline et de quoi repartir sur la manche retour, remonté à bloc.

Les bras sont lourds, mais je tente de garder un rythme régulier et de profiter des vagues du bateau qui viennent volontairement pimenter la course.

La semaine est longue, il faut maitriser ses sensations et limiter les phases dans le rouge, je validerai 2 courses placé et Bruno Tauhiro et Manue Bescheron seront les stars de la journée prone.

Après un déjeuner bien mérité, la journée n’est pas terminée, atelier life saving à 17h !

Le circuit, au bord du ponton, se compose de 4 exercices : 100m de prone/100 mouvements corde à sauter/ 50 pompes/ 50m nage + sauvetage mannequin au fond.

Je rame, sors de l’eau, enchaine la corde à sauter et les pompes, pousse le mannequin à l’eau, nage jusqu’à la bouée et arrive au-dessus du mannequin. Complètement dans le rouge, sans lunettes, je ne retrouve pas le mannequin… après plusieurs dizaines de secondes je l’aperçois qui a glissé vers le large à 5m de profondeur, beaucoup de temps de perdu, dernière apnée et c’est enfin terminé. A croire que les mannequins se baladent, Florent Dode et d’autres malchanceux passeront aussi beaucoup de temps dans l’eau.

La journée se termine et le soleil se couche dans une explosion de rose orangé derrière Raiatea.

Le sourire jusqu’aux oreilles et fatigué de cette première journée, le dortoir s’endort sans difficulté à 21h.


Watermana 2018 – Mercredi 28 novembre : SUP Race x 2 – Waterman Combo x 2

Le réveil est douloureux, mais l’énergie que dégagent le groupe et les paysages de cette île, redonne à chacun l’envie et la bonne humeur.

Le combo aura lieu sur la plage de l’hôtel Royale Huahine. Pour se faire, les prones seront acheminés par bateau et nous validerons deux manches de SUP de 7km pour l’aller et le retour à l’hôtel.

Alignés sous le ponton de Fare, top départ de la première manche de SUP. Depuis le début de la semaine Stéphan amène un nouveau paramètre dans la course: les vagues de bateau. Partant du dernier jusqu’au premier, un bateau remonte la flotte et réalise 2 à 3 passages par course. Au début rétissant, persuadé de servir de bête de foire, j’étais aigri et ratais donc beaucoup de vagues. Quelques respirations après, j’admets l’intérêt de ces vagues pour ma course, la mise en valeur de l’aspect technique du surf, et ô miracle, je prends des belles vagues.

Arrivée à la l’hôtel, Niuhiti gagne cette première manche qui éprouve déjà nos organismes, la journée  ayant à peine commencée.

Le spot est aussi paradisiaque que désertique. Chambres sur pilotis, piscine, bar et salle de réception pour une vue imprenable sur les collines verdoyantes du sud, le lagon et Raiatea et Tahaa en arrière-plan.

Les deux runs du combo se dérouleront sur des aller-retour à une bouée mouillée à 300 m du bord. Nous enchainons prone/nage/Sup, et à chaque transition, nous traversons la terrasse de l’établissement en courant pour effectuer une longueur de piscine et ainsi de suite.

C’est un exercice d’une haute intensité qui plaît beaucoup. Les nombreux rebondissements de chutes, sprints et autres, pimentent la course et assurent le spectacle.

A ce petit jeu, Jonathan Despergers réalise 2 beaux runs et remporte le combo.

Ravitaillement au restaurant de l’hôtel pour la troupe, grande sieste et à 14h il est temps de rentrer et de lancer la deuxième manche de SUP.

C’est l’appel de l’écurie, la tête de course se tire la bourre et se bataille dans les vagues de bateau. Bruno remporte cette manche sur une dernière onde surprise, je me contenterai de la 3ème place….

Well, we survived day 2.


Watermana 2018 –  Jeudi 29 novembre : Adventure Swim – Underwater Rock Running – Sprints Va’a

Tous en slip, c’est journée natation au sud de l’île. Nous embarquons à 8h dans un vieux truck, ce qui est le bus scolaire typique de Huahine.

La visite touristique débute au nord de l’île avec le lac Maeva, le garde-manger de l’île. Les pièges à poissons en pierres construites à l’est du lac sont la propriété sacrée des habitants du village.

Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons le long d’un faible cours d’eau, ou avec surprise nous observons fascinés des dizaines d’anguilles aux yeux bleus dont certaines dépassent le mètre. Ces anguilles, trop capturées il y a des siècles, sont désormais protégées, et devenues une des attractions phare de l’île.

De nouveau dans le truck, nous approchons l’est de l’île sud, repérons le parcours de SUP du lendemain et discutons du programme de la journée qui nous est toujours inconnu.

Arrivés à 9h30 à Parae, la pointe sud de Huahine, nous découvrons un lagon peu profond, limpide et parsemé de coraux.

Cette plage est un ancien lieu de culte, le Marae Anini. Cette structure en pierre volcanique qui surplombe la plage ou les anciens effectués les offrandes aux dieux sous forme de sacrifices humains, sera le point de départ de la première étape.

Cette étape de 3km longera la côte vers le nord jusqu’à une grosse pirogue habitable.

Le départ est lancé sous le thème « adventure swim », un slalom entre coraux et une navigation hasardeuse à la recherche de la pirogue. Prenant l’option de rester proche de la côte je termine 2ème derrière Bruno, bénéficiant de l’erreur de trajectoire de nos spécialistes de la nage en eau libre.

A bord de la pirogue, nous sommes reçus avec beaucoup de générosité. Le bateau est un genre de catamaran aux étraves relevées, au pont plat et à l’espace de vie très terrestre. Nous naviguons jusqu’à la prochaine étape, dans une joyeuse ambiance et une embarcation qui nous fait tous follement rêver.

Mouillés à 1km de la plage où nous avions fait l’arrivée du prone, nous partons avec surprise au coup de sifflet jusqu’à la plage. Une volée de nageurs désorientés se jette de la pirogue.

Ravis de ce départ surprise qui venait de me procurer un joli shoot d’adrénaline, je savoure une mangue sur la plage.

A la demande de Stéphane, nous nous engageons dans la forêt sur 300m jusqu’à une clairière de bambous. Ici, il nous vante l’énergie du lieu et s’excuse pour ce départ précipité, mais cela fait parti du concept : « soyez prêt à tout, ne vous attendez à … » Coup de sifflet ! Départ de la troisième manche vers la pirogue, dans la forêt, un coup de maître…

Arrivés à bord et pour ce « détendre » nous réalisons en binôme un parcours d’apnée avec porté de caillou sans chrono entre la pirogue et le bateau.

Nous repartons sur quelques milles en pirogue, cap sur Fare. A 2km de l’arrivée, dernière manche jusqu’au ponton, pour clôturer cette belle journée de natation remportée par Manue et Adrien.

L’heure est au repos et à la préparation de la dernière épreuve de la journée : sprint en Va’a.

Malgré la chance d’apprendre les bases avec les champions, Kevin et son père, cette course est un joyeux bordel.

Le soir vient, la fatigue est là, mais le groupe dégage toujours une belle énergie, celle de la bienveillance, de la détermination de la passion commune pour l’océan.


Watermana 2018 –  Vendredi 30 novembre – SUP Race

3hoo, le réveil sonne, le corps somnole et s’agrippe au matelas, je me lèverai péniblement à 3h30 avec l’aide des copains, 1h avant le départ des 44km de SUP…

Le parcours est simple : de la marina de Fare, tour de l’île Sud par l’Est.

Je prévois 2,6L d’eau entre mon camelback et ma gourde, me permettant de choisir si besoin, un des deux ravitaillements, à 17km ou 34km.

5h, le jour se lève et nous partons à l’assaut de cette dernière et copieuse journée.

Je m’impose un rythme régulier avec comme objectif, la maitrise de mes sensations. Stéphan pimente toujours la course de vagues de bateaux, ce qui est encore plus déstabilisant sur une si longue distance.

M’octroyant le luxe d’un ravitaillement à 17km, je repars pour le pire passage de ma course. A l’est de l’île, dans un dédale de coraux, je ne parviens pas à trouver le chenal.

Je tente de contourner ces obstacles par l’extérieur, trébuche, tombe à genou dans les coraux, remonte sur ma planche, retombe et vois mes adversaires s’échapper en longeant la côte. La lumière est traitre et après un effort pour reprendre mon sang froid, je repars à la 7ème place.

Au passage le plus sud de l’île, j’ai un rythme régulier, de l’énergie et l’envie de revenir dans le match. Je reviens sur Damien Troquenet puis Paul à 7km de l’arrivée et enfin sur Nuihiti qui abandonne à 5km de l’arrivée. La chaleur me fait souffrir et pour garder le contrôle, je dois cesser d’augmenter la cadence et gérer ma course. Je terminerai 4ème au terme d’une magnifique course, intense. Bravo à Bruno, le waterman de cette semaine et vainqueur de la course de SUP.

En fin de journée, le corps endolori, mais pris dans l’euphorie de la fin de course, je trouve avec Paul, Ludo et un petit groupe de locaux, l’énergie de surfer quelques jolies vagues en shortboard. Douce façon de clôturer une semaine aussi brutale que délicieuse.


La Polynésie vibre de vie, ces îles d’un vert aussi intenses ne peuvent puiser une telle énergie qu’au plus profond des coraux. D’ailleurs, les locaux disent que c’est la période d’abondance : poissons, fruits, et légumes sont si présents. Mais ces îles sont un cadeau éternel de la nature dont seul l’homme est maître de leur destin. A lui d’agir, de trouver les solutions à ces problèmes, de résoudre la gestion des déchets et de perpétuer cette façon si naturelle des polynésiens à échanger avec la nature, à l’aimer et à lui rendre hommage.

En participant au Watermana, j’ai utilisé un terrain de jeu, j’ai observé avec humilité cette nature si puissante, j’ai joué avec les limites de mon corps et je rends hommage à ce milieu naturel qui nous a laissé évoluer en sécurité tout en dévoilant ces atouts les plus nobles.

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