Nick Crettenand : Rasta Rocket à l’envers, le Suisse qualifié aux Championnats du Monde de SUP surf

Vous connaissez tous Rasta Rocket, ce film où une équipe de jamaïcains se lancent aux Jeux Olympiques d’Hiver en Bobsleigh… C’est une histoire un peu inverse que l’on vous présente aujourd’hui avec Nick Crettenand, un Suisse en route pour participer aux Championnats du Monde de SUP surf ! Si la houle ne déferle pas dans ses montagnes, cet amoureux de l’océan est bien décidé à devenir le premier valaisan à surfer en lycra de compétition les vagues de Porto Rico à l’automne prochain, sur ses boards Fanatic. Pour cela, Nick a lancé une campagne de crowdfunding afin de pouvoir le soutenir. Il nous raconte.

Photo : Florence Julen

Bonjour Nick, ton histoire, c’est un peu Rasta Rocket à l’envers ! Un Suisse qui va participer aux championnats du monde de SUP surf… peux-tu nous raconter comment tu as découvert cette discipline ?

Je suis né en Valais, dans les Alpes, d’un père valaisan et d’une mère originaire de l’Île Maurice. J’ai grandi entouré de montagnes mais mon cœur a toujours vibré pour l’océan. Un jour, à 34 ans, en pleine réflexion sur mon avenir, j’ai décidé de tout faire pour apprendre à surfer et dompter la vague, vivre ce rêve enfoui en moi. Un ami m’a parlé de stand up paddle en me proposant de m’entraîner sur nos lacs de Suisse avant d’aller à la mer. J’ai rigolé en lui disant que je voulais surfer, pas me balader sur une planche en maillot de bain. Il m’a montré une vidéo de Laird Hamilton dans les vagues d’Hawaii et cela m’a donné le déclic. Je me suis mis immédiatement au SUP Race puis, deux ans plus tard, j’ai ridé mes premières vagues à l’Ile Maurice et au Portugal durant les vacances.

De la pratique tu es ensuite passé à la compétition, car oui, la Suisse organise ses championnats de SUP surf ! En 2021, ce championnat avait lieu en Espagne, où tu as remporté le titre de Champion de Suisse de SUP surf. Pourquoi avoir eu envie de te lancer dans la compétition ?

L’esprit de compétition fait partie de mon ADN. J’aime le sport et toutes les émotions que le jeu ou les défis sportifs, dans la victoire ou la défaite, peuvent procurer. Depuis mon enfance, j’ai pratiqué de nombreuses activités en équipe, notamment le football et le basketball avec de jolis succès car j’avais la rage de gagner. En tant que joueur je voulais réaliser les meilleures performances, j’étais exigeant avec les autres mais surtout avec moi-même. Il n’y pas de succès sans entraînement ou préparation, même avec du talent. Puis je suis passé à l’escalade sportive en falaise, sans compétition, ce qui m’a permis d’apprendre à maîtriser mon mental et à surpasser mes peurs (le vide, le risque d’accident, la défaillance physique). Quand j’ai débuté en SUP, c’était dur de s’auto-motiver, tout seul sur l’eau. Mais j’ai vite appris la technique de rame en découvrant la préparation en sport d’endurance et j’ai aussi rapidement trouvé ma glisse, le tout en autodidacte. A ce moment, les courses de SUP florissaient en Europe centrale, je m’y suis mis et j’ai vite progressé pour atteindre le niveau des meilleurs pagayeurs de Suisse. Quand j’ai découvert qu’il y avait un championnat suisse de SUP Surf en 2018, j’ai tout de suite voulu y participer. L’appel de la compétition était une évidence.

Après ce titre, tu souhaites participer aux championnats du monde de SUP surf en automne prochain à Porto Rico. Pour cela, tu as lancé une campagne de crowdfunding, peux-tu nous en parler ?

Le SUP Surf est encore un sport peu connu et peu médiatisé, qui vit dans l’ombre de ses deux grands frères, le Surf Traditionnel et le SUP Race. Quand tu habites au cœur des Alpes et que tu parles de surf, tu passes déjà pour un extraterrestre, alors quand tu essaies d’expliquer le SUP Surf, c’est comme si tu venais d’une autre galaxie. Même si les gens sont souvent admiratifs, surtout quand tu leur montres une vidéo, décrocher des sponsors reste une mission quasi impossible. D’autant plus quand tu as 45 ans… Ce défi est certainement le plus important de ma carrière de sportif et je ne voulais pas le lâcher. C’est pour cela que j’ai eu l’idée de lancer un projet sur la plateforme suisse de crowdfunding pour les athlètes “Ibelieveinyou.ch” en réalisant un spot vidéo qui raconte mon histoire “Des Alpes à l’Océan”. Pour participer aux mondiaux, j’ai estimé un budget à CHF 30’000.- pour lequel j’investis presque toutes mes économies de CHF 15’000.- et espère récolter l’autre moitié grâce au financement participatif.

Comment est la culture surf en Suisse ? Tu as des compatriotes qui pratiquent également le SUP surf ?

La communauté des surfeurs est étonnamment bien implantée en Suisse, on compte environ 40’000 pratiquants dans le pays. Et la venue d’un bassin à vague en Valais (Alaïa Bay – Wavegarden), à 5 minutes de chez moi, contribue depuis près d’une année à populariser le surf dans notre pays. Cet essor est une opportunité pour le SUP Surf de se montrer et de s’exprimer dans le monde de la glisse sur vague. Et si je peux y contribuer en tant qu’athlète confirmé pour aussi ouvrir la voie à la prochaine génération, j’en serais très heureux. J’ai d’ailleurs rejoint le comité de SUP Suisse pour développer le SUP Surf en organisant des sessions spéciales à Alaïa Bay et des camps à l’océan. Nul doute que la petite communauté actuelle deviendra grande.

Où t’entraines-tu du coup ? Est-ce que tu pratiques d’autres sports en complément ?

Pour m’entraîner, je favorise les séjours à l’océan dès que mon agenda le permet (je travaille à 100%), principalement sur la Côte Basque française qui a séduit mon cœur il y a quelques années. Désormais “ambassadeur” pour le wavegarden d’Alaïa Bay à Sion, je mise beaucoup sur cette fantastique infrastructure à deux pas de mon domicile pour travailler en surf classique ma condition physique et mes rotations aux turns. Si la pratique n’est pas officiellement autorisée, j’ai parfois la possibilité de rider en SUP ce qui me permet d’affiner ma technique, au drop, au bottom et sur le lip.

Ces sessions d’entraînement en bassin sont primordiales pour moi afin de garder le contact avec la vague, rester agile dans l’eau et perfectionner mes mouvements. Cela me permet, je l’espère, de compenser le fait que je ne vis pas au bord de la mer tous les jours. Je complète ma préparation avec des entraînements en SUP Race soutenus, du wing foil dès que le vent se lève, du vélo de route pour le cardio de fond et des exercices de force en salle de musculation pour l’explosivité. Pour cette partie, mon coach Alex Olivieri (Athletix Evolution), qui s’est proposé bénévolement de m’aider dans ma préparation, veille particulièrement à bien me faire souffrir et transpirer.

Photo : Florence Julen

Quelles sont tes manœuvres et tricks favoris en SUP surf ?

Dans mes rêves je fais des aerials et des 360… 😉 Dans la réalité, je travaille souvent mon frontside snap pour essayer de générer un spray qui se remarque. Et les deux manœuvres que j’apprécie le plus sont le cut back et surtout le backside top turn crossover qui nécessite un changement d’appui de pagaie side to side sur le lip pour revenir dans la pocket. Une manœuvre qui a beaucoup de style et qui score si elle est bien exécutée.

Peux-tu nous faire un tour de ton quiver Fanatic ?

“Addicted to ride” est un claim que je partage entièrement avec la marque Fanatic Switzerland (Sideshore AG) qui me soutient au niveau du matériel depuis quelques années. Je ride principalement deux planches sur lesquelles je me sens à l’aise avec suffisamment de stabilité au niveau du volume, en adéquation avec mes 87kg, et qui ont également une glisse et une maniabilité de dingue. Ma planche toutes conditions est une Pro Wave 8’2 “vintage” qui résiste à tous les chocs, aux transports en avion et aux contacts avec le reef, mon terrain de jeu favori. La planche a été commercialisée en 2017, avec un rocker bien tendu et une solide construction mi-carbone mi-fibre pour une largeur de 28.5”. Je la monte habituellement en thruster et l’utilise pour les grosses vagues et les conditions chopy ou mouvementées. Plus nerveuse, ma Pro Wave LTD  8’0 de 2019 est construite avec un assemblage de fibres de carbone très légères avec du tissu vector (en X) et des renforts en bambou. Avec un rocker marqué, des rails nettement plus fins pour conserver de la vitesse dans les turns, un tail plus étroit pour plus d’agressivité dans les manœuvres et une glisse hyper propre, montée en thruster ou en quad, cette planche est celle que je devrais utiliser aux mondiaux si les conditions sont glassy avec peu de courants. Il me manque encore une Pro Wave 7’10 ou 7’11 de 2021-22 pour être encore plus performant dans les manœuvres mais les conditions de production de ces dernières années n’ont pas permis d’en obtenir une en Suisse. Pour la pagaie, je ride uniquement avec la Fanatic Pro Carbon 100 de 90 in² fabriquée avec le système Union Joint qui offre une flexibilité sur toute la longueur du manche. Légère et puissante, je peux pousser fort au take-off quand je suis un peu en retard et m’appuyer sereinement dans les turns quand je dois charger.

Je te laisse le mot de la fin ?

Ce projet “des Alpes à l’Océan”, ce rêve impossible, n’est pas un trip individuel. C’est une aventure que nous vivons en famille, principalement avec ma compagne Florence qui me suit dans mes surf trips depuis 4 ans, m’encourage à chaque étape, m’aide dans mes démarches, veille à mon alimentation, s’entraîne à mes côtés et maintenant ride la vague avec moi. Nos deux boys (Malcolm 23 ans / Malick 11 ans) et ma maman (ma première fan) sont également partie prenante de l’aventure, tout comme les membres de mon club de stand up paddle à Sion (www.supspiritsion.com), mes amis, mon réseau de connaissances et de nombreux collègues de travail. Grâce à leur soutien indéfectible ainsi qu’à la confiance des donateurs du crowdfunding, j’espère porter haut les couleurs du Valais et de la Suisse jusqu’en quart de finale des mondiaux de SUP Surf 2022.

Photo : Florence Julen

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A propos de l’auteur

Laurie Montagner

Windsurf, wakesurf, surf, wingfoil et surtout SUP race, vous trouvez Laurie dans le Sud-Ouest, partout où il y a de l’eau entre Gruissan, la Garonne et Capbreton. Passionnée des sports nautiques, elle passe son temps à surfer, que ce soit sur la vague… ou sur le web ! Laurie est en effet spécialiste en marketing et développement web, de l’écriture de lignes de code à la réalisation de vidéos professionnelles. Très attirée par la compétition, vous l’avez sûrement déjà croisée sur l’un des évènements SUP aux quatre coins de la France !

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