Avant le report de TotalSUP de la Kelt Ocean Race qui a vu notamment Amandine Chazot, Marius Auberet Joseph Gueguen (en prone) réaliser trois performances respectives juste énormes, il fallait marquer le coup et être à la hauteur d’un événement historique, en revenant tout de suite sur la toute première victoire en France d’un SUP foil devant d’autres SUP ! Cette nouvelle page de l’histoire du SUP français ou du foil (ou les deux…), c’est encore Eric Terrien, le SUP racer de BIC / SIC (ndlr: c’est le même groupe) qui l’écrit pour nous et l’histoire retiendra donc que c’est bien à la Kelt Ocean Race, le 27 avril 2019 que ça s’est produit. Dans cette interview toute fraiche, Eric, revient sur sa course et nous donne au passage beaucoup d’information à retenir pour le développement et la pratique du SUP foil en downwind qui, nous n’en doutons pas, après cette première victoire, va avoir des conséquences de poids sur l’organisation de la SUP race et l’industrie du SUP en général. Photos: LOIC OLIVIER (http://loicolivierphoto.com)
Eric Terrien, qu’est-ce que tu retiens en premier lieu de ton succès sur la Kelt Ocean Race ?
Ce que je trouve vraiment intéressant sur ce résultat, c’est d’avoir gagné par rapport au SUP sur un parcours downwind complet. Par rapport à la jeune histoire du SUP foil, c’est effectivement une première française. Au niveau mondial, il y a 2 ans à Hawaii, Finn Spencer était déjà arrivé 1er à l’entrée du port et s’était fait rattraper sur le flat. En Afrique du sud, Nathan Van Duren (en afrique du sud) a déjà gagné devant les surfskis mais ils sont là bas sur des formats de downwinds où il partent dans les bumps et finissent dans les bumps, il n’y a pas de zone de plat ou de surf à négocier. La première mondiale c’était Kai Lenny à la M20 !
Cette course n’était pas SUP foil friendly avec une grosse zone de départ dont il fallait se dégager. Cela prouve que même quand les conditions ne sont pas évidentes s’il y a une grosse portion de bons bumps, ça passe quand même. Si le parcours avait été exclusivement dans les bumps, il n’y aurait même pas eu de match. Paradoxalement ce que je trouve intéressant c’est de voir que je n’ai pas tant d’avance que ça et que le match avec les SUP continue si on garde des parcours variés.
Vidéo 2/3 du Livestream de TotalSUP – Retour d’Eric Terrien sur Marius Auber à 1:02:30
Peux-tu revenir sur ta course ?
Sur cette course je pars dans les mêmes conditions que les SUP, avec la difficulté en SUP foil de gérer 100m en marchant avec de l’eau jusqu’à la taille et en portant le matériel, 4 à 5 kilomètres dans une mer pas formée dans laquelle tu ne décolles pas et des rouleaux sur l’arrivée qui t’obligent à finir en marchant. Je suis d’autant plus fier du résultat d’avoir eu à gérer ces difficultés. Pour moi c’était ça le challenge. Exactement comme la Molokai 2 Oahu 2018, qui est une référence dans l’histoire du SUP foil en downwind avec la victoire de Kai Lenny. On a fait le même parcours que les autres. A la Molokai, ils nous ont même fait reculer au départ alors qu’on dérivait 300m devant les autres avant le coup de feu.
Pendant les 5 premiers kilomètres donc, c’est l’enfer, je faisais des décollages de 100m et j’étais cramé, et j’étais donc très très loin derrière, plusieurs kilomètres. Quand je suis arrivé à 4/5 kilomètres et que je voyais que ça ne décollait toujours pas de manière constante, je me suis dit que c’était mort. Et puis les bumps sont arrivés, j’ai décollé et je ne suis plus tombé. J’ai mis la moitié du temps pour faire 5 kms, et l’autre moitié pour faire 12kms.
Raconte-nous ton arrivée
J’ai vraiment pris cher dans le shore-break. J’ai fait mon plus gros drop en foil en fait, il y avait 2 mètres. Et du coup, et c’est un autre élément de course intéressant, j’ai peut être mis 2/3 minutes à faire les 100 derniers mètres. J’ai refusé une grosse vague et en la refusant je suis tombé. Je suis parti ensuite sur une énorme vague, je n’avais jamais pris de vagues aussi grosse en foil et encore moins avec un foil de downwind. Avec un foil de downwind, c’est impossible de repartir dans la mousse. Le foil touchait et j’étais obligé de finir à pieds.
Comment envisages-tu le développement des courses en SUP foil ?
A mon humble avis, si on veut s’amuser, dans un 1er temps, il faut continuer à travailler ce match entre SUP et SUP foil avec des parcours offrant des portions de glisse mais pas que! Des fois ça va passer des fois donc et des fois non.
Ce qui va faire progresser le support techniquement et le niveau d’accessibilité du grand public, c’est justement de continuer à rester et à travailler les parties “chiantes”.
En France on n’a pas la chance d’avoir que des parcours 100% downwind du 1er au dernier mètre, à moins de mettre en place des départs et des arrivées en mer, avec forcément une logistique de transport lourde. Je n’exclue pas que ça se fasse un jour mais il faut faire attention à mon avis. En offrant tout sur un plateau aux SUP foilers tout de suite, ceux-ci risquent d’être très vite un peu trop exigeants en ne se présentant pas sur des courses aux conditions variées.
Pour que le sport et le matériel se développent, il faut continuer à se mêler aux SUP et ne pas s’attendre à ce que les SUP foils gagnent à chaque fois. Il faut des bumps c’est sûr, mais de mon point de vue ça ne doit pas être un facteur limitant.
Parle-nous de ton choix de configuration de foil
Le choix du matos, c’est à dire de la configuration du matériel, est quand même crucial même si je ne veux surtout pas décourager ceux qui se mettent au SUP foil et qui n’ont qu’un seul mât et une seule aile. Car la vérité et que ce week-end ça aurait marché avec n’importe quel foil mais c’est grâce à ce choix de configuration que j’ai pu gagner. Et donc je rassure tout le monde, sur un downwind parfait n’importe quel foil fonctionne !
Mais le fait de partir avec du flat au départ il a fallu que je me prenne la tête sur la configuration de mon foil. S’il n’y avait eu que du flat, j’aurais pris un mât plus court et une aile plus longue mais j’aurais galéré dans les bumps. Et inversement. Il a donc fallu trouver un compromis pour pouvoir couvrir la partie plate et la partie océanique: c’est à dire une aile de downwind de 92 cm et mat de 90 cm, assez haut donc, notamment pour passer le clapot croisé.
Mon choix de foil se fait sur la rigidité. A haute vitesse, la rigidité ça reste clef.
De ton point de vue, est-ce que les classements SUP foils doivent être inclus dans le classement SUP ?
Je pense que le SUPfoil est un support à part, à classer dans sa propre catégorie, tout comme on distingue les UL des 14′.
Quelle planche avais-tu sous les pieds ?
J’avais une planche SIC 5.8 x 24 custom que j’ai dessiné moi. SIC Maui prévoit de faire des planches de série très bientôt et on teste donc pas mal de choses. C’est la planche que je prends aussi en SUP surf. J’ai travaillé la carène pour qu’elle soit hyper tolérante dans les touchettes, ce qui me permet d’aller plus bas, dans les portions compliquées, ça me permet d’aller au contact de l’eau. Je peux faire des touchettes tout en gardant de la vitesse et du contrôle sur le foil. Il faut ne pas avoir de conflit entre la planche et le foil, tout le contrôle doit être sur le foil. Les clefs ce sont un touché d’eau très progressif et pas de rails de la board qui accroche, une planche très compacte avec énormément de volume car il faut quand même flotter dans ces portions de plat.
Le foil est souvent présenté comme une pratique accidentogène, que peux-tu nous dire là dessus et quels conseils donnerais-tu à un débutant ?
Les ailes sont quand même beaucoup plus “safe” que les premières ailes qui n’étaient pas adaptées pour cette pratique. Un aileron de surf est quand même plus tranchant et un nose de planche de surf plus dangereux que le bord d’attaque de l’aile de foil.
Le mieux c’est de commencer par du tow-in, c’est à dire démarrer derrière un bateau. Ça, ça te fait économiser 10 sessions galère pour comprendre le fonctionnement du foil. Ensuite je préconise d’aller dans des vagues molles de 50cms, loin de la foule, et là tu peux faire tes premiers pas. La clef avant de se lancer dans un downwind, c’est de décoller sur le plat. Si tu sais décoller sur le plat tu peux faire un downwind. Ensuite en downwind pour faire les take-offs il faut être patient, savoir sur quel type de bumps tu peux repartir. A chaque tentative de départ c’est une cartouche en moins, il faut récupérer 2/3 minutes. Il faut donc prendre le temps d’identifier le bump et une fois parti, il faut faire en sorte de ne pas te planter tous les 50 mètres.
Pour un débutant en downwind il faut compter une moyenne de 5km/h sur son premier downwind.
Et au nivau cardio ?
A la Kelt, je devais être à 120 de pulsations dans la phase de vol. Une fois en l’air, ce n’est plus que de la lecture de plan d’eau. Si tu voles bien ce n’est que de la concentration. Mais attention, physiquement tu passes très vite de 0 à 100. Il suffit que tu gères mal un bump, que tu perdes de la vitesse et que tu doives relancer à la pagaie ou dès que ça se complique un tout peu, tu dois faire un effort monstre. En gros si tu fais un downwind parfait, tu n’as même pas besoin d’être en forme physiquement. Mais c’est jamais parfait…
Deux autres SUP foilers étaient au départ, que peux-tu nous dire sur eux ?
Yann Quilfen: il a pété sa pagaie, en downwind on a tendance à taper la pagaie contre le mat du foil et ça peut la casser assez facilement. Je ne suis pas certains que ce soit passé comme ça mais il y a de fortes chances que ce soit le cas.
François Gabart : je trouve sa participation très intéressante, parce qu’elle va permettre de toucher de nouveaux publics. Sincèrement, si ça n’avait pas été le navigateur ultra-cappé que tout le monde connait, je pense qu’on ne l’aurait pas laissé faire. Quelqu’un qui n’a jamais fait de downwind et qu’on a jamais vu à l’oeuvre, c’est quand même risqué. Mais on connait la forme physique de François et on sait qu’il a un très bon niveau en SUP foil dans les vagues qu’il pratique depuis deux ans. Ceci dit on voit que ça a été très dur pour lui. A l’arrivée il disait avoir fait quelques bons vols et s’être fait plaisir et j’espère qu’on le reverra à l’oeuvre.
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