Quand le HandiSUP Devient Source d’Innovation

03/05/2017

Sébastien Le Meaux, ancien judoka international et maintenant SUP rider souffre d’une maladie orpheline qui le prive de sa vision centrale. Malgré son handicap, Sébastien est un rider hors norme qui participe à de nombreuses courses extrêmes. Son envie de repousser les limites l’a notamment amené à développer une nouvelle pratique qui pourrait faire de nouveaux adeptes: le SUP en tandem.

Sebastien Le Meaux

Peux-tu nous présenter ton parcours de SUP rider et nous expliquer ton handicap?

Je suis atteint d’une maladie génétique orpheline appelée maladie de Staggard . Cette maladie s’est déclarée à 17ans et demi suite à un accident. Il s’agit d’une dystrophie des cônes qui a troué ma rétine, de ce fait je ne supporte pas la lumière et dois porter des lunettes de soleil en permanence. Il n’existe pas encore de traitement spécifique pour cette affection. Néanmoins, des précautions importantes doivent être prises. La première est le port de verres teintés pour filtrer 100 % des rayons UV dont on connaît la dangerosité pour les patients atteints de dégénérescence maculaire. La seconde est d’éviter la prise de compléments alimentaires riches en vitamine A et/ou en bêta-carotène. En effet, des études récentes ont démontré un effet bénéfique sur les lésions rétiniennes de la réduction de l’apport de vitamine A dans la rétine.

J’ai perdu la totalité de ma vision centrale et n’utilise plus que ma vision périphérique. Cela représente 7% environ de la vision globale chez une personne valide. Ainsi, aujourd’hui ma vision est chiffrée à 1/100.

J’ai une vue d’ensemble correcte, mais à partir du moment où je veux fixer quelque chose je n’ai plus de mise au point. J’utilise donc énormément ma mémoire pour enregistrer les obstacles … ma rétine étant trouée comme une passoire je ne supporte pas le soleil et la lumière en général et surtout je ne vois pas les reliefs.

Sebastien Le Meaux SUP

Après une carrière de judoka compétiteur (champion d’Europe, du monde et deux fois médaillés paralympiques), j’ai découvert la pirogue polynésienne que je pratique surtout en OC2 avec mon binôme Apehau Tching Piou on s’éclate vraiment que ce soit en mer ou en lac lors du circuit national vitesse et fond !

Loic Olivier m’a initié au SUP et j’y ai rapidement pris goût malgré les difficultés, en effet pas simple de gérer son équilibre sur la planche et aussi gérer les autres lors des différentes courses auxquelles je participe.
Nous avons d’abord commencé par être invités par les organisateurs sur certaines compétitions, comme la Jade Paddle Race, la première, avec Joelle Terrien et avons cerné mes besoins particuliers pour ramer en sécurité et en performance. Nous avons développé des techniques avec mes guides pour fiabiliser et cadrer nos entraînements.

Nous avons privilégié dans un premier temps les courses et entraînements sur eau plate puis petit à petit avons tenté – sur spots déserts – le surf. Loïc et Apehau me font surfer depuis deux ans, c’est juste énorme ! C’est le seul endroit, sur l’eau où je peux avoir cette sensation magique de vitesse et de liberté absolue !

L’idée était de participer enfin à une course de Downwind et se préparer pour ce type de parcours, complexe lorsqu’on ne distingue pas les reliefs et donc les bumps.
Pour la première fois, cette année, j’ai participé à la Oxbow Kelt Ocean Race. Deux jours difficiles, car mon guide Apehau Tching Piou était sur une autre planche à mes côtés et non pas en tandem. Mais c’est tellement grisant de glisser et d’avoir cette sensation de vitesse !

Quels sont les besoins spécifiques que tu rencontres pour t’entraîner et/ou participer à des compétitions?

J’arrive à m’entraîner sur un lac à proximité de chez moi avec Jean-Pierre. JP Billant est un ami et mon partenaire d’entraînement, tous les week-ends, il vient me chercher à la maison et on rame ensemble. Sans lui, les entraînements ne seraient pas possibles. J’y ajoute un entraînement personnel, dirigé par Vincent Guillaume, coach d’exception, et une préparation physique générale calquée sur mes entraînements de judo. Dès que possible, eu égard à nos lieux de résidence respectifs avec mes guides, j’essaie de programmer un max de sessions avec eux, la complicité et la communication étant les clés d’un duo réussi. L’empathie du guide est un énorme plus.

Notre fierté et notre principe sont de demander l’autorisation aux organisateurs pour participer aux compétitions, mais n’apporter strictement aucune charge supplémentaire pour eux (pas de besoins spécifiques, simplement et uniquement la prise en compte et l’information aux autres compétiteurs de notre présence, en expliquant l’importance de laisser le duo proche l’un de l’autre et le fait que je ne vois pas bien (et pour éviter les chocs involontaires, garder un espace lors du départ).

Quand Apehau et Loïc ne sont pas disponibles, Jean Pierre Billant et Jean-Marc Proffit me servent aussi de guide comme au grand 8 de Poissy ou a la City race de Brest !

SUP à deux

Qui sont les gens qui t’accompagnent dans ton aventure de paddler? Et quels sont leurs rôles?

Il y a mes amis, Apehau Tching Piou, un Aito (rameur) issu de la plus pure tradition tahitienne, homme au grand cœur, Loïc Olivier, JP et Jean Marc, mes guides et training partners. Il y a aussi Joelle Terrien, toujours de bons conseils, qui nous a ouvert les portes des courses. Vincent Guillaume, mon coach d’enfer.

Depuis un an grâce à Patrice Remoiville de 3 Bay, j’ai enfin une planche de race ce qui me permet de participer à différentes courses. Il me suit dans mes délires de planche tandem, Patrice est toujours à l’écoute et veut sans cesse m’aider a améliorer les planches pour plus de confort pour moi.
Les gens qui m’accompagnent sont juste extraordinaires et sans eux je ne serai rien du tout, sans eux je ne peux rien faire. Je leur dois tout !

3 Bay

Tu as également participé à des courses en tandem quels retours peux-tu nous faire de ces expériences?

Notre première expérience en course est la course de Poissy, et est une excellente expérience : le guide est proche et participe activement en direct à la direction et gestion de la course, et je peux me consacrer à la rame sans m’inquiéter de toucher les autres concurrents, sans avoir le stress de perdre mon guide (ce qui n’arrive pas, mais le stress est toujours là). Je fais entièrement confiance à mon guide et je peux envoyer et me faire plaisir !

Nous avons renouvelé l’expérience sur la city race organisée par Swelladdiction, en mer et nous projetons de participer de cette manière à chaque fois que les organisateurs nous l’autoriseront.

Depuis quelques années on en parlait, mais Patrice n’avait pas le matériel pour les fabriquer, quand il a ouvert sa société, il avait enfin la machine nécessaire et directement m’en a reparlé. On est donc partis sur ce projet un peu fou de tandem. Mais quel bonheur pour moi !

Tandem SUP

Penses-tu que le SUP à 2 a du potentiel?

Aujourd’hui, pour moi, le tandem a sa place dans les courses pour les personnes handicapées, mais aussi pour les couples, pour tous en fait, à deux le plaisir n’est pas le même.Vive le tandem !
Il faut certes un peu de temps d’adaptation, mais cela va très vite. On travaille d’ailleurs sur un nouveau tandem avec Patrice . Il sera légèrement plus large et creux pour plus de stabilité pour aller se frotter aux downwinds.

SUP en Tandem

Quels sont tes projets de SUPer?

Je suis surtout déçu, car hormis Patrice, Direct Sailing et Swelladdiction qui nous font des réductions, nous n’avons pas de partenaires qui souhaitent s’investir fortement. On a le sentiment que le handicap fait peur et n’est pas porteur pour les marques, or nous portons fièrement guides, partenaires et moi-même des valeurs très élevées de partage, de volonté et d’entraide. Difficile de faire plus positif, d’autant que nous ne demandons aucun aménagement particulier, que nous sommes autonomes, unis en duo pour performer.

Nos limites sont proches en termes de finances, il est difficile d’assumer toutes les courses et certaines marques ne se donnent même pas la peine de nous répondre. Imaginez l’intérêt pour une marque de solaires : je porte sans arrêt mes lunettes (remercions néanmoins la marque Bomber qui nous a accompagnés il y a un temps et qui nous a fournis des lunettes moins chères) !
Cette année on aimerait participer aux Frances en 12,6 et 14, mais aussi et surtout les triple crow, on commence avec la Dordogne intégrale fin mai puis les mondiaux ultra marathon 24h en Espagne et enfin le 11 city Tours, le tout en tandem ! J’ai vraiment hâte d’y être et de repousser nos limites !

J’ai toujours besoin de me trouver des défis pour me prouver que je suis capable et que j’existe tout simplement, mais aussi pour que ma fille soit fière de son papa elle est tout pour moi et je veux qu’elle soit fière de moi.

Sebastien SUP Tandem

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